Le bestiaire du crépuscule
Le bestiaire du crépuscule
(4 notes)
Aventures Fantastiques -
Schmitt, Daria Edition Dupuis - 10/06/2022
Collection Aire Libre
EAN : 9791034738939 | ID-BDovore : 357488
Synopsis :
Pour les enfants du quartier, le parc est un inoffensif jardin public. Mais pour son gardien, c'est un nid de sombres créatures qu'il est le seul à voir : asocial et atteint d'un solide trouble de la rêverie compulsive, Providence s'est donné pour mission de protéger les promeneurs malgré eux. Sa tâche se complique lorsqu'un livre étrange sorti des eaux troubles du lac libère un bestiaire terrifiant et attire l'attention des très louches services psycho-sanitaires... Talonné par une nouvelle directrice bien plus versée dans le jargon du management que dans l'occulte et déterminée à gérer le parc comme une véritable start-up, le gardien lutte contre l'appel d'un autre monde : noyé dans les brumes du lac, le reflet d'une étrange maison où il serait enfin en paix l'attire irrésistiblement...
source: éditeur
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Le Bestiaire du Crépuscule ( Aire Libre, mars 2022)
Dès la première page, on comprend que quelque chose ne tourne pas rond dans ce parc public.
Pour les enfants du quartier, c’est juste un square avec des balançoires rouillées, un lac vaseux et des massifs de fougères.
Pour Providence, le gardien, c’est un nid grouillant de créatures que personne d’autre ne voit.
Costume trop grand, parapluie noir, carnet à la main et landau inquiétant, Providence est présenté d’entrée comme un type « asocial et atteint d’un solide trouble de la rêverie compulsive ». Traduction : il est soit complètement fou, soit le seul à percevoir la vérité.
Le livre étrange qui sort des eaux troubles du lac et libère un bestiaire terrifiant.
La nouvelle directrice, caricature parfaite de la manager moderne, qui parle en PowerPoint et veut transformer le parc en « start-up verte » avec food-trucks bio et signalétique inclusive.
Les services psycho-sanitaires louches qui commencent à tourner autour de Providence.
Et surtout, ce reflet dans le lac : une maison haute, noyée dans la brume, qui l’appelle doucement.
Le dessin est un choc : noir & blanc ultra-précis, hachures nerveuses, cases souvent muettes, compositions qui étouffent ou qui respirent. On sent immédiatement l’influence de Gorey, de Breccia, de certains Miyazaki, mais surtout de Lovecraft : pas l’horreur tape-à-l’œil avec tentacules, plutôt l’horreur insidieuse de l’ordinaire qui bascule.
On rit parfois (les réunions de la directrice sont hilarantes de cynisme), on a la gorge serrée très vite, et on referme l’album avec cette sensation étrange : on vient de lire une fable cruelle, poétique et profondément mélancolique déguisée en simple promenade au square.
Et puis arrive le cadeau final : une adaptation, en une dizaine de pages, de la nouvelle de H. P. Lovecraft L’Étrange Maison haute dans la brume.
Une bande dessinée rare, qui marie beauté vénéneuse et désespoir tranquille, et qui laisse une empreinte noire indélébile.
Graphiquement superbe, narrativement très moyen