T2 - Septembre 1914, La Marne
Les Sentinelles (Editions Robert Laffont - Delcourt)
(12 notes)
Science-Fiction -
Dorison, Xavier/
Breccia, Enrique Edition
EAN : 9782413087434 | ID-BDovore : 65115
Synopsis :
Septembre 1914. La victoire du Kaiser semble aussi proche qu'inéluctable... Et pourtant, le général Gallieni croit qu'un sursaut est possible. Seule preuve de cette opportunité, une photo prise au-dessus de la zone ennemie. Mais qui oserait aller la récupérer ? Qui pourrait traverser la Marne pour ranimer la flamme d'une fierté perdue dans les défaites sanglantes d'août ?... Qui ?... Sinon les Sentinelles !
source: éditeur
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Les Sentinelles ! Cette série uchronique de Xavier Dorison et Enrique Breccia est un de ces joyaux dieselpunk qui mélange l'horreur crue de la Première Guerre mondiale à des touches de super-héros à la française – ou plutôt, à la radium. Le tome 2, centré sur la bataille de la Marne, est pour moi le point d'équilibre parfait entre le premier (qui pose les bases) et les suivants (qui montent en intensité gore). C'est une BD qui ne fait pas dans la dentelle : action brutale, dilemmes moraux, et une critique acerbe de la guerre comme machine à broyer les âmes. Si tu aimes les comics sombres à la 2000 AD ou les récits historiques réinventés comme Black Summer, ça te plaira. Mais attention, c'est pas pour les âmes sensibles – on y voit de la chair à canon, littéralement.
L'histoire en bref (sans spoilers majeurs)
Septembre 1914 : l'armée allemande fonce sur Paris, la victoire du Kaiser semble inévitable. Pourtant, le général Gallieni y croit encore. La clé ? Une photo aérienne prouvant une faille chez l'ennemi, perdue dans un avion abattu en zone boches. Mission suicide pour les Sentinelles : Taillefer (l'homme de fer propulsé par une pile au radium, ancien pacifiste transformé en machine de guerre), Djibouti (le légionnaire surhumain) et leurs comparses. Ils doivent traverser la Marne, récupérer les clichés et rallumer l'espoir d'une France au bord du gouffre. Dorison tisse habilement l'Histoire réelle (la "Miracle de la Marne") avec du steampunk français : des surhommes forgés dans les labos secrets pour renverser le cours de la boucherie.
C'est la première vraie mission de l'équipe, et on sent que les Sentinelles passent du statut de prototypes bancals à des armes vivantes. Le rythme est haletant : infiltration nocturne, embuscades, et des révélations sur les ennemis qui préparent leurs propres monstres (gaz toxiques, Übermensch en vue...). Mais au-delà des explosions, c'est le portrait d'hommes déchirés qui frappe : Taillefer, hanté par sa famille qu'il a dû abandonner, oscille entre humanité et folie destructrice. Dorison excelle à montrer comment la guerre corrompt même les "héros".
Le style graphique : Breccia au sommet
Enrique Breccia (fils du légendaire Alberto) signe un dessin qui gagne en maturité par rapport au tome 1. Son trait anguleux, presque expressionniste, capture l'enfer des tranchées avec une puissance viscérale : boue gluante, visages burinés par la peur, et des corps mutilés qui rappellent Goya autant que les comics sombres. Les couleurs sépia et ocre renforcent l'ambiance apocalyptique, et les cases dynamiques (avec des splash pages épiques) font de chaque combat un ballet macabre. J'adore comment il intègre des photos d'époque pour ancrer le récit dans le réel – ça donne un frisson authentique. Pas académique, mais viscéral et mémorable.
Les points forts
Le scénario addictif : Dorison surprend avec des twists qui humanisent la guerre. La fin du tome est un uppercut émotionnel qui donne envie de enchaîner sur le 3 (Ypres). C'est violent, nihiliste, mais avec une lueur d'espoir – antimilitariste sans être moralisateur.
Les persos charismatiques : Taillefer est un Iron Man hanté, Djibouti une brute poétique. L'arrivée d'un nouveau membre (un capitaine noble, fier de son lignage) enrichit l'équipe sans la diluer.
L'uchronie réussie : Ça réinvente 1914 sans trahir l'Histoire. On sent la pression : Paris à 40 km, la défaite imminente. Et les clins d'œil aux comics (super-soldats, dilemmes éthiques) sont bien dosés.
La critique sociale : Derrière l'action, c'est une charge contre les généraux qui traitent les hommes comme des pions. Les Sentinelles sauvent la France, mais à quel prix ?