La tête de mort venue de Suède
La tête de mort venue de Suède
(1 note)
Aventures Fantastiques -
Schmitt, Daria Edition Dupuis - 22/08/2025
Collection Aire Libre
EAN : 9782808502665 | ID-BDovore : 390072
Synopsis :
Notre histoire débute dans les années 1930 lorsque le crâne de René Descartes, trésor de la collection de Georges Cuvier, déambule parmi les squelettes de la galerie d’Anatomie comparée au Jardin des Plantes, en attendant son transfert au musée de l’Homme. Mais après sa trop longue histoire, il est en proie à une grave crise d’identité : le doute dont il avait fait un outil infaillible le ronge, et il n’est même plus sûr d’être qui il est.
Autour de lui, les reliques animales s’animent elles aussi et entrent en dialogue avec le théoricien de l’« animal-machine ». C’est donc une enquête qui commence, conduite de main de maître par la grande baleine bleue. Il faut aider le crâne à y voir clair, reconstruire son passé et, pourquoi pas, le faire revenir sur certaines théories erronées !
Autour de lui, les reliques animales s’animent elles aussi et entrent en dialogue avec le théoricien de l’« animal-machine ». C’est donc une enquête qui commence, conduite de main de maître par la grande baleine bleue. Il faut aider le crâne à y voir clair, reconstruire son passé et, pourquoi pas, le faire revenir sur certaines théories erronées !
source: éditeur
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La tête de mort venue de Suède de Daria Schmitt – Un crâne philosophique en vadrouille onirique
Paru le 29 août 2025 aux éditions Dupuis dans la prestigieuse collection Aire Libre, La tête de mort venue de Suède est le nouveau roman graphique de Daria Schmitt. Avec ce one-shot de 120 pages au format généreux, Schmitt nous plonge dans une fable métaphysique aussi érudite qu'hilarante, où l'histoire rocambolesque du crâne de René Descartes devient prétexte à une réflexion profonde sur l'identité, la pensée et la condition humaine.
Le pitch : Une nuit au musée pas comme les autres
Nous sommes en 1937, au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, dans les réserves de la galerie d'Anatomie comparée. Parmi les squelettes d'animaux empaillés et les reliques poussiéreuses, un crâne humain s'anime la nuit venue. Il s'agit (ou du moins le croit-il) de celui de René Descartes, mort en Suède en 1650 et dont les ossements ont connu un destin chaotique : exhumés, volés, vendus aux enchères, authentifiés par des sommités comme Berzelius ou Cuvier, avant d'atterrir au Musée de l'Homme.
Pris d'une crise d'identité existentielle – "Je doute, donc je suis ? Mais suis-je vraiment ?" –, le crâne dialogue avec ses voisins osseux : une majestueuse baleine bleue, un dodo disparu, des chimères et autres bêtes empaillées. Guidé par ces "animaux-machines" cartésiens qui prennent vie pour le contredire, il revisite sa vie, ses théories (le dualisme corps-esprit, la mécanique animale) et les pérégrinations post-mortem de sa dépouille. L'enquête historique se mue en comédie absurde et poétique, entre rêves gravés et flashbacks baroques.
Daria Schmitt, en résidence au Muséum pendant la création de l'album, s'inspire directement de cette anecdote véridique : le crâne de Descartes, séparé du corps lors de son rapatriement en France en 1667, a voyagé pendant des siècles, passant de mains en mains, marqué d'inscriptions et même vendu comme relique. L'autrice en fait un conte philosophique où les morts dissertent joyeusement, opposant la raison cartésienne à l'émotion animale.
Les forces : Un dessin hypnotique et une érudition joyeuse
Ce qui frappe d'emblée, c'est le graphisme époustouflant de Daria Schmitt. Son trait à la plume, fin et gothique, évoque les gravures anciennes du XVIIIe siècle (pensez Gustave Doré ou les planches anatomiques d'époque). Le noir et blanc dominant est rehaussé de bleus oniriques pour les séquences rêvées, et de couleurs vives pour les envolées fantastiques, créant une atmosphère à la fois sombre et lyrique. Les planches foisonnantes, riches en détails (ossements, chimères, décors baroques), hypnotisent le regard – un vrai bijou visuel qui justifie à lui seul l'achat.
Côté récit, Schmitt excelle dans le mélange des genres : enquête historique rigoureuse (avec un carnet explicatif en fin d'album pour les profanes), fable philosophique accessible et humour absurde. Pas de pédanterie ici : Descartes doute de son identité comme un comique troupier, les animaux le taquinent sur ses théories ("animal-machine" ? Vraiment ?), et les dialogues pétillent d'ironie. C'est à la fois savant et fun, réconciliant les allergiques à la philo avec le cogito érudit.
L'album oppose brillamment science et mythe, raison et instinct, mort et mémoire. La baleine bleue, guide bienveillant, incarne une sagesse animale qui fait vaciller le rationalisme cartésien. Schmitt prolonge ainsi son exploration des grands mythes, tissant zoologie, paléontologie et histoire des idées en un tapisserie poétique.
Un chef-d'œuvre d'originalité
La tête de mort venue de Suède est un tour de force : puissant, magistral, visuellement somptueux et intellectuellement stimulant.