Collection de SilSocrate


Les avis de lecture de SilSocrate

Voyage aux îles de la désolation

Série : Voyage aux îles de la désolation
Publié par SilSocrate le 2026-01-13 11:19:45

Voyage aux îles de la Désolation d'Emmanuel Lepage est, pour moi, l'un des plus beaux et des plus immersifs récits de voyage en bande dessinée qu'on puisse trouver.
C'est un album qui mélange magnifiquement reportage documentaire, carnet de voyage et grande poésie graphique. Lepage embarque en 2010 sur le Marion Dufresne pour la rotation australe (Réunion → Tromelin → Crozet → Kerguelen → Saint-Paul/Amsterdam), et il nous fait vivre ce bout du monde avec une sincérité et une sensibilité rares.
Les dessins et les couleurs : ses aquarelles, ses lavis, ses pleines pages déchirantes de beauté sur la mer démontée, les albatros, les manchots, les paysages volcaniques battus par les vents… c'est souvent sublime, parfois presque hypnotique. On sent le vent, le froid, l'immensité.
Le regard très humain : il ne fait pas que décrire la faune et les paysages "spectaculaires", il montre aussi la vie à bord, le mal de mer terrible (le sien compris !), les liens qui se tissent entre marins, scientifiques, cuistots, météorologues… C'est très chaleureux malgré le décor hostile.
L'aspect documentaire sans lourdeur : on apprend plein de choses sur l'histoire des îles (Kerguelen de Trémarec, les phoques massacrés, les scientifiques d'aujourd'hui), sur la logistique folle du ravitaillement, sans jamais que ça devienne chiant ou scolaire.

Spawn 2025

Série : Spawn (Delcourt)
Publié par SilSocrate le 2026-01-11 10:59:38

Spawn 2025 chez Delcourt (sorti en novembre 2025) marque un vrai tournant intéressant pour la série, autant sur le plan éditorial que narratif.
Côté histoire : le nouveau statu quo avec Nyx au pouvoir en Enfer est un vrai twist qui relance la machine : Al qui retrouve une partie de ses pouvoirs, les seconds rôles (Lyra, Jim, Wynn…) qui reviennent en force, et cette menace vampirique qui apporte du frais sans tout casser.
Le point fort majeur : le dessin de Brett Booth. Son style rappelle les grandes heures de la série tout en étant moderne. Les combats sont nerveux, l'ambiance gothique/infernale claque, et il gère bien aussi les moments plus intimes/émotionnels. Quasi sans-faute visuel selon la plupart des retours.
Le twist final avec le Spawn Mandarin !

Silent Jenny

Série : Silent Jenny
Publié par SilSocrate le 2026-01-08 18:33:28

Silent Jenny est une bande dessinée de science-fiction post-apocalyptique ambitieuse et visuellement époustouflante, mais qui ne convainc pas à tous les coups – et c’est parfaitement légitime.
Graphiquement, c’est incontestablement un chef-d’œuvre. Mathieu Bablet livre ici son travail le plus abouti : des planches immenses, ultra-détaillées, des paysages désolés à couper le souffle, des designs de monades et de créatures hallucinants. L’immersion visuelle est totale, presque hypnotique, et beaucoup de pages fonctionnent sans un seul dialogue tant les images portent l’émotion et l’ambiance. Si tu aimes la SF contemplative à la Moebius, c’est un régal pour les yeux.
Côté récit, en revanche, c’est plus clivant. L’histoire met beaucoup de temps à se mettre en place : le rythme est délibérément lent, avec de longues séquences silencieuses et contemplatives qui reflètent la mélancolie, la dépression et l’éco-anxiété de Jenny. Ce choix stylistique peut donner une impression que ça « traîne » ou tourne en rond, surtout si on attend une intrigue plus dynamique ou des rebondissements classiques.
Le plus problématique reste la fin. Elle est volontairement elliptique, abrupte et ouverte : Jenny choisit de s’enfoncer toujours plus profondément dans l’inframonde jusqu’à la dissolution (symbolisée par les pages qui blanchissent), tandis que sa monade est détruite absurdement. Il n’y a pas de révélation spectaculaire, pas de renaissance des abeilles, pas de happy end. Bablet propose une acceptation douce-amère : lâcher prise sur l’idée de restaurer l’ancien monde et trouver du sens dans la transmission, la communauté et le mouvement perpétuel. C’est poétique et profond pour ceux qui adhèrent au ton, mais ça peut laisser une forte sensation d’inachevé ou de frustration si on espérait plus de réponses concrètes.
Au final, Silent Jenny est une œuvre exigeante qui mise tout sur l’expérience émotionnelle et visuelle plutôt que sur un récit linéaire et bouclé. C’est une BD qui marque durablement quand elle touche juste, mais qui peut aussi laisser un peu froid ou perplexe – comme ce fut ton cas. Ce n’est pas un défaut de lecteur, c’est simplement que ce style très introspectif et minimaliste ne fonctionne pas avec tout le monde.
Perso, je suis assez mitigée.

Spielberg

Série : Spielberg
Publié par SilSocrate le 2026-01-06 14:53:06

La BD documentaire Spielberg par Amazing Améziane (sortie en août 2025 aux Éditions du Rocher) est une super réussite dans son genre !
C'est un roman graphique de 192 pages qui retrace la vie et la carrière de Steven Spielberg de manière intime et confiante, comme si le réalisateur te racontait lui-même son parcours : de son enfance passionnée par le cinéma, ses débuts ambitieux, jusqu'aux blockbusters qui ont changé Hollywood (Les Dents de la mer, E.T., Indiana Jones) et ses films plus graves (La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan).
Ce que j'adore particulièrement, c'est le style unique d'Amazing Améziane : un vrai "cinéma de papier" avec un mélange fluide de cases classiques, pleines pages spectaculaires (souvent en cinémascope), noir & blanc et couleurs, textes illustrés... Ça rend la lecture dynamique, visuellement bluffante et jamais ennuyeuse. Il équilibre parfaitement la rigueur documentaire (anecdotes précises, coulisses des films) avec une touche personnelle, humoristique et émotive, sans tomber dans l'hagiographie.
Le roman graphique est passionnant, touchant, instructif, avec des illustrations magnifiques.

Le sang du roi

Série : Le château des animaux
Publié par SilSocrate le 2026-01-01 20:13:11

Le tome 4 de Le Château des Animaux, intitulé Le Sang du roi, conclut magistralement cette série inspirée de La Ferme des animaux d'Orwell, signée Xavier Dorison au scénario et Félix Delep au dessin. Sorti fin 2025, il est largement salué par la critique et les lecteurs comme une fin à la hauteur des attentes, riche en émotions, en tension et en réflexions politiques.
Il maintient la thématique centrale de la résistance non violente face à la dictature (incarnée par le taureau Silvio), avec une exploration approfondie des mécanismes du pouvoir : manipulation, propagande, intimidation et même endoctrinement des jeunes.
Le scénario est tendu comme un thriller, avec des rebondissements prévisibles mais bien exécutés, et quelques surprises qui évitent le happy end naïf.
Il pose des questions profondes sur la légitimité du pouvoir, la corruption et le risque que les opprimés deviennent oppresseurs – tout en restant accessible et captivant.
Les dessins de Félix Delep sont sublimes : expressifs, dynamiques, avec une maîtrise parfaite des animaux anthropomorphes et des couleurs qui renforcent l'ambiance (plus lumineuse et estivale ici). C'est un bijou visuel qui élève l'ensemble au rang de classique moderne de la BD animalière.
Globalement, c'est une série incontournable en 4 tomes, émouvante, intelligente et magnifique graphiquement.

La citadelle des brumes

Série : Terres d'Ogon
Publié par SilSocrate le 2026-01-01 10:26:30

Terres d'Ogon - Tome 7 : La Citadelle des Brumes
Ce tome 7, sorti le 13 novembre 2025, est un one-shot comme les précédents. Il suit Am'ina, une mère qui refuse de sacrifier son fils à des ombres dans les marécages de Kamalya. Elle fuit vers la mystérieuse Citadelle des Brumes, poursuivie par des créatures masquées et des guerriers. L'histoire explore la vengeance, le sacrifice, la survie et des révélations sur ces poursuivants.
Immersion totale dans les marais et brumes.
Ambiance oppressante et émotionnelle (colère, peur de l'héroïne).
Beaux graphismes (Benoît Bertrand et Miguel Angel Ruiz).
Comparaisons avec d'autres parties de l'univers (comme une citadelle en Arran).
Continuité solide de la série.
Même si le thème de la mère sauvant son enfant sacrifié ressemble au tome précédent, l'histoire est différente et prenante. C'est du pur heroic fantasy sombre, avec une touche mystique et tribale qui change des Terres d'Arran.

La Nef des songes: Entretiens avec Arnaud Pagès

Série : Olivier Ledroit
Publié par SilSocrate le 2025-12-29 17:50:30

Le style de Ledroit est unique – ces planches ultra-détaillées, baroques, mélangeant ombre gothique, féerie sensuelle et visions cauchemardesques – est mis en valeur de façon exceptionnelle. On y retrouve ses grandes séries comme Chroniques de la Lune Noire, Requiem Chevalier Vampire, Wika, Xoco ou Sha, mais aussi ses travaux plus personnels en illustration et peinture.
C'est un livre intime, passionnant, qui donne envie de replonger dans l'œuvre de Ledroit, et visuellement époustouflant. Pour les fans, c'est un indispensable ; pour ceux qui découvrent, une porte d'entrée idéale vers un artiste visionnaire et acharné.
C'est le genre d'artbook qui justifie à lui seul une bibliothèque dédiée au fantastique en BD.

Le pénitencier du cosmos

Série : Arctica
Publié par SilSocrate le 2025-12-25 11:55:14

Ce tome 14 est une vraie bouffée d’oxygène pour la série ! Daniel Pecqueur signe un opus rythmé, bourré de rebondissements et d’action pure, où Dakota s’attire (comme d’habitude) une cascade d’ennuis qui font le bonheur du lecteur. On ne s’ennuie pas une seconde : poursuites, chaos post-éruption du Yellowstone, libérations musclées et traques haletantes.
Le grand atout, c’est ce coup de théâtre massif que l’auteur place au cœur de l’histoire. Ce twist autour de « rêve ou réalité ? » et du sort de Dakota relance brillamment l’intérêt pour la saga. Ça pose des questions intrigantes sur ce qui est vraiment arrivé au héros, sans tout dévoiler, et ça donne une envie folle de plonger dans le tome suivant. Pour une série qui commençait à tourner un peu en rond ces derniers volumes, c’est exactement le shot d’adrénaline qu’il fallait.
Côté dessin, Bojan Kovacević reste fidèle à lui-même : efficace, dynamique, avec des scènes d’action qui claquent et des ambiances bien rendues. Pierre Schelle aux couleurs apporte la touche finale qui rend le tout visuellement impactant.
Au final, Arctica reste une série B de qualité, divertissante sans se prendre la tête. Ce tome 14 est parfait pour les fans d’aventure SF old-school : il divertit, surprend et redonne un vrai élan à l’ensemble. Si les tomes précédents t’avaient un peu lassé, celui-ci pourrait bien te réconcilier avec la série.

Yomotsuhegui, le fruit des enfers

Série : Yomotsuhegui, le fruit des enfers
Publié par SilSocrate le 2025-12-23 18:49:47

Yomotsuhegui est un seinen horrifique "court" (un unique volume deluxe d’environ 630 pages en France chez Pika) qui commence comme un revenge thriller classique – un policier brisé traque le dernier assassin de sa famille – avant de basculer rapidement dans une dimension surnaturelle bien plus ambitieuse : une guerre millénaire autour d’un arbre des enfers dont les fruits accordent l’immortalité… au prix d’une corruption inexorable de l’âme et du corps.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la forte influence du cosmic horror lovecraftien. Les immortels les plus anciens, ayant consommé les fruits depuis des siècles, ne sont plus vraiment humains : leur corps et leur esprit ont été corrompus par une force incompréhensible, bien au-delà de la simple monstruosité. Quand ils révèlent leur vraie nature lors des combats, les mutations sont abjectes, organiques, tentaculaires, évoquant directement les Grands Anciens ou les entités indicibles de Lovecraft – des formes qui défient l’entendement humain, inspirent une terreur viscérale et rappellent que l’homme n’est qu’une poussière insignifiante face à des forces cosmiques. Cette horreur n’est pas seulement physique ; elle est existentielle : l’immortalité devient une punition infinie dans un univers indifférent.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la façon dont Kakizaki réinterprète le mythe de Prométhée. Dans la version grecque, Prométhée vole le feu aux dieux pour l’offrir aux humains : un don ambigu qui apporte progrès et civilisation, mais aussi souffrance et châtiment. Ici, le feu est remplacé par le fruit de l’immortalité, un « cadeau » encore plus dangereux. Loin d’élever l’humanité, il la condamne à une dégénérescence totale. Il n’y a plus d’ambiguïté positive : l’immortalité est une malédiction pure, une aberration cosmique qui ronge l’humanité de l’intérieur. Kakizaki transforme ainsi le mythe prométhéen en une version ultra-sombre, presque nihiliste, où le vol d’un privilège divin ne mène qu’à l’enfer éternel.
En parallèle, le manga évoque fortement la mythologie vampirique moderne, surtout les versions conspirationnistes et sombres. Les immortels les plus anciens forment un groupe secret qui manipule l’histoire humaine depuis des siècles, accumule pouvoir, et cherchent à propager la malédiction en recrutant de nouveaux consommateurs de fruits. L’aspect insidieux est renforcé par le fait qu’ils conservent une apparence parfaitement humaine au quotidien : ils passent inaperçus parmi nous, qui se fondent dans la société. Ce n’est que lors des combats intenses, quand ils libèrent toute leur puissance ou perdent le contrôle, que leur corps se disloque en abominations cauchemardesques – un body horror lovecraftien absolument magistral.
Cette dualité (apparence humaine / monstruosité cachée) rend la menace d’autant plus paranoïaque et terrifiante. La corruption est d’abord morale (perte d’empathie, folie, sadisme), puis physique seulement quand le masque tombe.
Graphiquement, Kakizaki est au sommet. Son trait réaliste, ses encrages denses et son usage du clair-obscur créent une atmosphère gothique oppressante. Les scènes de mutation sont parmi les plus impressionnantes et dérangeantes du manga récent.
Au final, Yomotsuhegui est une pure réussite : court, sans remplissage, rythmé, visuellement sublime et narrativement profond. Il mélange avec intelligence folklore japonais, horreur cosmique, thriller vengeance et réflexions philosophiques sur l’immortalité, la perte d’humanité et les dangers du désir de transcender la mort. Les parallèles avec Prométhée et les vampires enrichissent encore plus le propos sans jamais alourdir le récit.
C’est pour moi l’un des meilleurs seinen horrifiques de ces dernières années.

Le carnaval des cadavres & autres contes étranges de contrées inconnues

Série : Le carnaval des cadavres & autres contes étranges de contrées inconnues
Publié par SilSocrate le 2025-12-20 16:39:17

Le Carnaval des cadavres de Mike Mignola (sorti en octobre 2025 chez Delcourt, traduction française de Bowling with Corpses and Other Strange Tales from Lands Unknown) est une anthologie de contes fantastiques et macabres que j'adore !
C'est un retour en force de Mignola en tant qu'auteur complet (scénario et dessin), avec les couleurs sublimes de Dave Stewart. On y retrouve son style gothique inimitable : ombres massives, encrages expressifs, atmosphères ténébreuses qui flirtent avec le folklore, l'horreur poétique et le merveilleux noir. Les histoires courtes puisent dans des mythes variés (sorciers, pirates pactisant avec le diable, jeux avec des morts-vivants...), sans lien direct avec Hellboy, mais avec cette vibe si caractéristique qui évoque Lovecraft, Howard ou les contes folkloriques européens.

Personnellement, j'adore parce que Mignola excelle dans ces récits courts où l'étrange et le macabre deviennent presque charmants. C'est sombre, poétique, et visuellement hypnotique – parfait pour une lecture hivernale.

Star Wars : L'héritage de Vador, Tome 1

Série : Star Wars : L'héritage de Vador
Publié par SilSocrate le 2025-12-18 18:15:54

L'intrigue explore le règne de Kylo Ren en tant que Supreme Leader du First Order, juste après qu'il a tué Snoke et son père Han Solo. Obsédé par l'héritage de son grand-père Dark Vador, Kylo se rend sur Mustafar, dans la forteresse de Vador, où il rencontre Vaneé (l'ancien serviteur de Vador) et plonge dans des visions et secrets du passé. C'est une introspection profonde sur les conflits internes de Kylo, sa rage, ses insécurités et sa tentative de "tuer le passé" tout en étant hanté par lui.
Charles Soule excelle ici à rendre Kylo plus nuancé et tragique. On voit un Kylo instable, pétulant, mais puissant, qui mesure constamment à l'ombre immense de Vador – et qui réalise qu'il ne peut pas y échapper. C'est une étude de caractère intense, avec des moments d'action spectaculaires (combats, visions hallucinées) et une psychologie sombre qui rappelle les meilleures runs sur Vador.
Les dessins de Luke Ross sont magnifiques : expressifs, cinématographiques, avec une excellente gestion des ombres et des émotions (surtout sur le masque et les expressions de Kylo).

Le livre Anglo-Saxon

Série : Northlanders (Urban comics)
Publié par SilSocrate le 2025-12-18 15:34:50

Northlanders Tome 1 : Le Livre Anglo-Saxon (édité par Urban Comics) est un excellent comics pour les amateurs d'histoires de Vikings revisitées de manière réaliste et moderne. Brian Wood, le scénariste, propose une série anthologique qui évite les clichés fantasy (pas de cornes sur les casques, pas de barbares surhumains) pour se concentrer sur des récits historiques ancrés, brutaux et humains, se déroulant principalement dans les îles britanniques et en Irlande pendant l'Âge Viking.
Ce gros volume (près de 480 pages) regroupe plusieurs arcs :
L'histoire principale de Sven le Revenant, un exilé qui revient réclamer son héritage dans les Orcades.
D'autres récits plus courts, comme des conflits en Irlande ou des portraits de personnages secondaires.
Wood démystifie les Vikings, en montrant leur culture, leurs conflits avec les Saxons et les chrétiens, la violence quotidienne, mais aussi les aspects politiques et humains.
Une narration moderne, avec un ton cru et des dialogues contemporains qui rendent les personnages accessibles.
Des dessins variés (plusieurs artistes comme Davide Gianfelice, Dean Ormston ou Danijel Zezelj) qui collent parfaitement à l'ambiance brumeuse et brutale.
C'est immersif, violent (attention, c'est mature : sang, trahisons), et ça change des sagas épiques trop romancées.
C'est sombre, réaliste, sans concession ( violence graphique et brutale, décapitations, combats sanglants, massacres, trahisons familiales impitoyables, une ambiance crasseuse et hivernale, des personnages moralement gris), intelligent, et ça donne une vision nuancée d'une époque fascinante.

Le fantôme de l'eau d'Horrowby Hall

Série : Le fantôme de l'eau d'Horrowby Hall
Publié par SilSocrate le 2025-12-13 18:09:38

Le Fantôme de l'eau d'Harrowby Hall de Barbara Yelin est une adaptation en bande dessinée d'un conte humoristique et fantastique de l'écrivain américain John Kendrick Bangs (datant de la fin du XIXe siècle), publié en France en 2022 aux éditions Les Aventuriers de l'Étrange.
L'histoire tourne autour du manoir d'Harrowby Hall, hanté chaque nuit de Noël par un fantôme aqueux : une jeune fille noyée qui surgit d'une flaque, inonde tout et glace d'effroi (et d'humidité) les occupants pendant une heure précise. Les propriétaires successifs tentent vainement de s'en débarrasser, jusqu'à ce que le dernier trouve une solution ingénieuse... mais pas définitive.
C'est un conte de Noël victorien qui joue sur l'humour absurde plutôt que sur la peur pure : un peu dans l'esprit du Fantôme de Canterville d'Oscar Wilde, avec ce mélange de gothique léger et de satire des superstitions. Le ton est capricieux, gentillet, sans grande morale lourde, ce qui rend l'ensemble jubilatoire et sans prétention.
Le vrai point fort, c'est le travail graphique de Barbara Yelin . Elle utilise un crayonné charbonneux, des lavis d'encre de Chine et de fusain, avec une dominante noir et gris rehaussée d'un bleu unique pour tout ce qui touche à l'eau (le fantôme, les flaques, le lac environnant). Ça crée une atmosphère immersive, humide et glaciale, presque tactile – on sent presque les gouttes et le froid.
C'est une petite pépite courte et élégante, idéale pour une lecture d'hiver au coin du feu

The Bad Batch : agents fantômes

Série : Star Wars - Histoires de l'Hyperespace
Publié par SilSocrate le 2025-12-13 12:19:38

Star Wars : Histoires de l'Hyperespace - The Bad Batch : Agents Fantômes (la mini-série de 5 numéros sortie en 2025 chez Dark Horse) :
C'est une excellente petite aventure qui fait exactement ce qu'on attend d'elle : du fun pur, de l'action rythmée et une fidélité totale à l'esprit de la série animée The Bad Batch. Michael Moreci capture parfaitement les voix et la dynamique des personnages – les blagues de Wrecker, le sarcasme de Crosshair, les plans ingénieux de Tech, le leadership de Hunter... On a vraiment l'impression de lire un épisode "perdu" de la Guerre des Clones, avec ce ton all-ages léger mais immersif.
L'intrigue d'espionnage (récupérer la liste d'agents infiltrés, avec des guests comme Aurra Sing, Asajj Ventress ou Embo) est classique mais efficace, pleine de poursuites, de bagarres et de twists sympathiques dans les bas-fonds de la galaxie. Rien de révolutionnaire pour le canon, mais c'est divertissant à souhait et ça comble parfaitement le manque d'histoires Clone Wars-era pour la Bad Batch.
Côté dessin (Reese Hannigan et Elisabetta D'Amico), c'est dynamique, avec un style qui évoque bien l'animation, des couleurs vives et des scènes d'action lisibles.

Mantique

Série : Prométhée
Publié par SilSocrate le 2025-12-09 16:24:11

Prométhée tome 4 : Mantique de Christophe Bec
On suit la suite des catastrophes qui frappent la Terre pile à 13h13 UTC, jour après jour. Dans ce tome, on creuse un peu plus les liens entre ces phénomènes inexpliqués, avec des révélations sur un vaisseau extraterrestre géant découvert sur la Lune (via des docs secrets de la NASA). Bec mélange habilement le thriller conspirationniste – accusations d'un Nouvel Ordre Mondial, contacts aliens passés – à la mythologie (la "mantique", art grec de la divination, donne son titre et son fil rouge, avec des visions prémonitoires glaçantes). C'est comme si Bec avait lu tous les bouquins pseudo-scientifiques des années 60-70 (Projet Montauk, Expérience de Philadelphie) et les avait fusionnés avec l'Odyssée. Résultat : un suspense qui monte crescendo, avec des pistes multiples (invasion amicale ou hostile ? Dieux ou ET ?). Les critiques soulignent souvent cette maîtrise du "compte-gouttes" : Bec lâche juste assez d'indices pour vous faire saliver, sans jamais tout déballer. Frustrant ? Oui. Mais ça donne une envie folle de plonger dans le tome 5.
Bec excelle à créer une tension globale, avec des scènes découpées en séquences internationales (USA, Europe, etc.) qui se télescopent comme un puzzle infernal. Et ce parallèle avec le Titanic en ouverture – une lumière mystérieuse qui observe le naufrage – pose direct l'atmosphère : on est des fourmis sous un microscope cosmique. C'est sombre, presque biblique, et ça colle parfaitement à l'univers de Bec .
Le rythme et les révélations sont un poil trop lent. Bec érige un "mur de mystère" qui protège l'intrigue.
Le dessin : un melting-pot inégal : Bec au scénario est top, mais au dessin (avec Bocci et Raffaele), c'est osé d'avoir trois styles qui se succèdent dans le même album. Ça marche globalement – détaillé, immersif, avec des doubles pages épiques qui claquent (comme celle inspirée de la couv') – mais les transitions sont perceptibles, et les visages humains parfois imprécis .

Star Wars - Thrawn : Alliances

Série : Star Wars - Thrawn
Publié par SilSocrate le 2025-12-07 10:33:55

Star Wars : Thrawn - Alliances, l'adaptation en comics du roman de Timothy Zahn, sortie chez Panini Comics le 4 décembre 2024. C'est une mini-série Marvel en 4 numéros (écrite par Zahn lui-même avec Jody Houser, et dessinée par Andrea Di Vito et Pat Olliffe) qui retrace les improbables alliances de Thrawn : d'abord avec Anakin Skywalker pendant les Guerres des Clones, puis avec Dark Vador sous l'Empire.
L'histoire alterne entre les deux timelines avec une tension palpable : imagine Vadeo, le marteau de l'Empire, forcé de collaborer avec le scalpel chirurgical qu'est Thrawn. Les dialogues crépitent d'ironie et de rivalité, et les thèmes sur la loyauté, la Force et les tactiques impitoyables rappellent pourquoi Zahn est un maître. J'adore comment ça approfondit le passé d'Anakin sans le dénaturer, et la menace des Grysks ajoute une couche d'intrigue galactique bien vicieuse.
Les dessins sont époustouflants ! Di Vito excelle dans les scènes d'action spatiales et les gros plans sur Vador ou Thrawn – on sent la puissance brute de l'un et la froide intelligence de l'autre. Les couleurs sombres et les ombres renforcent l'atmosphère impériale.
La compression en 4 numéros rend certains passages un poil rushés – les sous-intrigues sur les stormtroopers ou les flashbacks sur Padmé manquent parfois de respiration, et la fin laisse un goût d'inachevé (elle tease une suite potentielle, ce qui frustre si t'attends une clôture totale).

Rat city, Tome 1

Série : Rat city
Publié par SilSocrate le 2025-12-04 11:41:23

C'est un spin-off de l'univers Spawn (créé par Todd McFarlane), mais qui se suffit largement à lui-même – pas besoin d'avoir lu toute la série mère pour plonger dedans. Scénarisé par Erica Schultz (qui a bossé sur Moon Knight et The Deadliest Bouquet) et dessiné par Zé Carlos (connu pour Captain America et Strange Academy), ce volume compile les 12 premiers numéros de la série originale Image Comics, pour un total de 288 pages. L'édition Delcourt est soignée, avec une couverture rigide qui claque.
L'histoire en bref (sans spoilers majeurs)
On est projeté en 2107, dans un futur cyberpunk dystopique ravagé par la guerre. Peter Cairn, un ex-soldat mercenaire amputé des deux jambes, se fait équiper de prothèses high-tech boostées par des nanites (des nano-robots). Mais voilà, ces "améliorations" le transforment en une sorte d' anti-héros maudit, mi-homme mi-machine, qui affronte une société sous la coupe d'une dictature religieuse et corporative. Rat City, c'est ce bidonville futuriste où la misère humaine côtoie la tech infernale, et où Peter doit naviguer entre rédemption, rage et survie. C'est un mélange explosif de SF brute, de super-héros torturés et de thèmes sombres comme l'identité, la perte d'humanité et le transhumanisme.
L'univers est immersif.: Schultz excelle à bâtir un monde cohérent et oppressant, avec des enjeux qui rappellent Blade Runner croisé Spawn. L'intrigue est dense, pleine de twists qui promettent une suite épique. C'est violent, introspectif et philosophique – on sent la malédiction du Hellspawn revisitée avec une twist futuriste qui rend Peter plus "humain" que jamais.
Les dessins de Zé Carlos : Waouh, les designs sont spectaculaires ! Les cyborgs, les néons criards et les combats ont un style dynamique et détaillé, avec des couleurs (par Jay David Ramos, FCO Plascencia et Marcello Iozolli) qui claquent en rouge, vert néon et bleu cobalt. Ça donne une vibe cyberpunk visuellement addictive, loin des clichés. C'est du pur cinéma cyberpunk : dynamique, brutale, avec des angles de vue qui te plongent direct dans le chaos. Zé Carlos gère les chorégraphies comme un boss – on sent la tension monter d'une case à l'autre, et ça rappelle les meilleurs moments de Spawn original, mais avec une couche SF plus "Ghost in the Shell" qui rend tout plus viscéral.
L'accessibilité : Même si c'est lié à Spawn (via les numéros 300-301), c'est une entrée parfaite pour les novices.

Star Wars - Histoires de l'Hyperspace, Tome 2

Série : Star Wars - Histoires de l'Hyperespace
Publié par SilSocrate le 2025-12-01 15:21:17

Star Wars : Histoires de l’hyperespace – Tome 2 : Vauriens et vilains
Panini Comics, juin 2024 – 96 pages – Hyperspace Stories #5 à #8 (Dark Horse)
Quatre nouvelles, quatre méchants, un seul objet qui traverse le temps : une petite peluche wookiee. Elle n’est jamais le centre de l’intrigue, mais elle est toujours là, silencieuse, et elle dit tout.
Les quatre histoires
#5 – La Trahison (Amanda Deibert / Riccardo Faccini)
Guerre des Clones, Naboo. Ventress traque l’artefact pour Dooku. Elle le trouve entre les mains d’un enfant gungan terrifié. Elle le prend, le sent vibrer, se souvient de son enfance d’esclave… et le lui rend. Le seul acte de pure bonté du tome. La peluche reste (pour l’instant) du côté de la lumière.
#6 – Le Conte de Rotta (Cecil Castellucci / Eduardo Mello)
Fin de la République, palais de Jabba. Un Greedo jeune et naïf tente de faire ses preuves comme larbin. Il se fait manipuler par une chanteuse, frôle le Rancor, et Jabba lui balance des leçons tordues sur la trahison tout en tripotant une peluche comme un joujou ridicule pour bébé Rotta. L’histoire la plus drôle et la plus tendre à la fois. Greedo vole la vedette.
#7 – La Prime (Michael Moreci / Andrea Mutti)
Ère impériale. Boba Fett, seul à bord du Slave I, traque une cible wookiee liée à la Rébellion. La wookiee lui demande de retrouvé la peluche. Pas de sentimentalité, juste du professionnalisme froid.
#8 – La Faveur (Michael Moreci / Andy Duggan)
Kylo Ren et Hux sont envoyés sur Karaxis pour écraser une cellule rebelle. Kylo traque un renégat jusqu’à sa famille cachée dans la jungle. Dans leur hutte, il ressent violemment la Force émanant de la peluche posée par terre. Gros plan sur le masque. Il la fixe longuement. Il ne la touche pas. Il ne la prend pas. Il tourne les talons et repart.
Ce qui fait la force du tome
La peluche n’est jamais expliquée lourdement, mais on comprend qu’elle contient quelque chose de spécial.
Chaque histoire fonctionne seule, mais l’ensemble forme une tragédie discrète : un objet d’innocence absolue qui croise les pires monstres de la galaxie et finit par être rejeté par le plus brisé d’entre eux.
Dessins variés mais toujours au service du ton : cartoon glauque chez Mello, réalisme sombre chez Mutti, atmosphère oppressante chez Duggan.
Pas d’explosions inutiles, pas de fan-service lourd : juste quatre portraits de méchants, une peluche crasseuse.

Le bestiaire du crépuscule

Série : Le bestiaire du crépuscule
Publié par SilSocrate le 2025-11-30 10:17:35

Le Bestiaire du Crépuscule ( Aire Libre, mars 2022)
Dès la première page, on comprend que quelque chose ne tourne pas rond dans ce parc public.
Pour les enfants du quartier, c’est juste un square avec des balançoires rouillées, un lac vaseux et des massifs de fougères.
Pour Providence, le gardien, c’est un nid grouillant de créatures que personne d’autre ne voit.
Costume trop grand, parapluie noir, carnet à la main et landau inquiétant, Providence est présenté d’entrée comme un type « asocial et atteint d’un solide trouble de la rêverie compulsive ». Traduction : il est soit complètement fou, soit le seul à percevoir la vérité.
Le livre étrange qui sort des eaux troubles du lac et libère un bestiaire terrifiant.
La nouvelle directrice, caricature parfaite de la manager moderne, qui parle en PowerPoint et veut transformer le parc en « start-up verte » avec food-trucks bio et signalétique inclusive.
Les services psycho-sanitaires louches qui commencent à tourner autour de Providence.
Et surtout, ce reflet dans le lac : une maison haute, noyée dans la brume, qui l’appelle doucement.
Le dessin est un choc : noir & blanc ultra-précis, hachures nerveuses, cases souvent muettes, compositions qui étouffent ou qui respirent. On sent immédiatement l’influence de Gorey, de Breccia, de certains Miyazaki, mais surtout de Lovecraft : pas l’horreur tape-à-l’œil avec tentacules, plutôt l’horreur insidieuse de l’ordinaire qui bascule.
On rit parfois (les réunions de la directrice sont hilarantes de cynisme), on a la gorge serrée très vite, et on referme l’album avec cette sensation étrange : on vient de lire une fable cruelle, poétique et profondément mélancolique déguisée en simple promenade au square.
Et puis arrive le cadeau final : une adaptation, en une dizaine de pages, de la nouvelle de H. P. Lovecraft L’Étrange Maison haute dans la brume.
Une bande dessinée rare, qui marie beauté vénéneuse et désespoir tranquille, et qui laisse une empreinte noire indélébile.

Exogénèse

Série : Prométhée
Publié par SilSocrate le 2025-11-27 10:50:22

Prométhée, tome 3 : Exogénèse de Christophe Bec (scénario et dessin partiel) et Alessandro Bocci (dessin)
Ah, Prométhée ! Cette série de Christophe Bec est un de ces ovnis de la BD franco-belge qui mélange science-fiction hardcore, mythologie grecque revisitée et conspirationnisme. Le tome 3, Exogénèse (sorti en 2010 chez Soleil), marque un tournant avec l'arrivée d'Alessandro Bocci au dessin, et franchement, c'est une bouffée d'air frais dans un récit qui commence à poser ses premières pièces maîtresses sans pour autant tout déballer.
Le scénario : Un puzzle addictif, mais dense comme un trou noir
Bec continue de distiller son intrigue au compte-gouttes : on suit ces phénomènes inexpliqués (disparition de l'Atlantis, pannes globales, crashes en cascade) qui hurlent "fin du monde imminente", tout en creusant l'hypothèse des anciens astronautes et des OOPArt (ces artefacts "hors du temps" qui défient l'Histoire). Ici, on plonge dans l'exogénèse – l'origine extraterrestre de l'humanité ? – avec des flashbacks préhistoriques qui relient le mythe de Prométhée (le voleur de feu, puni par les dieux) à une possible intervention alien bienveillante... ou pas. Les personnages centraux se dessinent enfin ), et le rythme s'accélère par rapport aux tomes 1 et 2, qui étaient un poil plus léthargiques.
Ce que j'adore : le suspense insoutenable, ces révélations qui posent dix questions pour une réponse. C'est ambitieux, cinématographique, avec un clin d'œil aux théories du complot (nouveau ordre mondial). Mais soyons honnêtes, Bec adore empiler les mystères – au risque d'une indigestion d'infos. Pourtant, ça reste passionnant et addictif ; on a qu'une envie : enchaîner le tome 4 pour voir si Prométhée est vraiment un vengeur cosmique.
Le dessin et les couleurs : Une collaboration qui claque
Bec, débordé par ses projets (il est partout : Carthago, Pandémonium), passe le relais à Bocci pour une bonne partie des planches, et c'est du tout bon. Le style reste fidèle : réaliste, détaillé, avec ces décors grandioses (volcans en éruption, grottes sombres, déserts lunaires) qui évoquent un blockbuster hollywoodien. Bocci apporte une précision chirurgicale, et les couleurs de Sébastien Gérard amplifient l'ambiance apocalyptique.
Seul bémol : les textes prennent parfois le dessus, grignotant l'espace des bulles au profit des cases. Mais globalement, c'est du haut niveau – époustouflant dans les scènes d'action ou de révélation, comme ces rencontres aliens qui tournent au carnage.
Exogénèse consolide Prométhée comme une série SF majeure, originale et viscérale, qui ose lier mythe antique et tech moderne sans tomber dans le cliché.

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