Collection de SilSocrate


Les avis de lecture de SilSocrate

La tête de mort venue de Suède

Série : La tête de mort venue de Suède
Publié par SilSocrate le 2025-11-09 12:47:06

La tête de mort venue de Suède de Daria Schmitt – Un crâne philosophique en vadrouille onirique
Paru le 29 août 2025 aux éditions Dupuis dans la prestigieuse collection Aire Libre, La tête de mort venue de Suède est le nouveau roman graphique de Daria Schmitt. Avec ce one-shot de 120 pages au format généreux, Schmitt nous plonge dans une fable métaphysique aussi érudite qu'hilarante, où l'histoire rocambolesque du crâne de René Descartes devient prétexte à une réflexion profonde sur l'identité, la pensée et la condition humaine.
Le pitch : Une nuit au musée pas comme les autres
Nous sommes en 1937, au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, dans les réserves de la galerie d'Anatomie comparée. Parmi les squelettes d'animaux empaillés et les reliques poussiéreuses, un crâne humain s'anime la nuit venue. Il s'agit (ou du moins le croit-il) de celui de René Descartes, mort en Suède en 1650 et dont les ossements ont connu un destin chaotique : exhumés, volés, vendus aux enchères, authentifiés par des sommités comme Berzelius ou Cuvier, avant d'atterrir au Musée de l'Homme.
Pris d'une crise d'identité existentielle – "Je doute, donc je suis ? Mais suis-je vraiment ?" –, le crâne dialogue avec ses voisins osseux : une majestueuse baleine bleue, un dodo disparu, des chimères et autres bêtes empaillées. Guidé par ces "animaux-machines" cartésiens qui prennent vie pour le contredire, il revisite sa vie, ses théories (le dualisme corps-esprit, la mécanique animale) et les pérégrinations post-mortem de sa dépouille. L'enquête historique se mue en comédie absurde et poétique, entre rêves gravés et flashbacks baroques.
Daria Schmitt, en résidence au Muséum pendant la création de l'album, s'inspire directement de cette anecdote véridique : le crâne de Descartes, séparé du corps lors de son rapatriement en France en 1667, a voyagé pendant des siècles, passant de mains en mains, marqué d'inscriptions et même vendu comme relique. L'autrice en fait un conte philosophique où les morts dissertent joyeusement, opposant la raison cartésienne à l'émotion animale.
Les forces : Un dessin hypnotique et une érudition joyeuse
Ce qui frappe d'emblée, c'est le graphisme époustouflant de Daria Schmitt. Son trait à la plume, fin et gothique, évoque les gravures anciennes du XVIIIe siècle (pensez Gustave Doré ou les planches anatomiques d'époque). Le noir et blanc dominant est rehaussé de bleus oniriques pour les séquences rêvées, et de couleurs vives pour les envolées fantastiques, créant une atmosphère à la fois sombre et lyrique. Les planches foisonnantes, riches en détails (ossements, chimères, décors baroques), hypnotisent le regard – un vrai bijou visuel qui justifie à lui seul l'achat.
Côté récit, Schmitt excelle dans le mélange des genres : enquête historique rigoureuse (avec un carnet explicatif en fin d'album pour les profanes), fable philosophique accessible et humour absurde. Pas de pédanterie ici : Descartes doute de son identité comme un comique troupier, les animaux le taquinent sur ses théories ("animal-machine" ? Vraiment ?), et les dialogues pétillent d'ironie. C'est à la fois savant et fun, réconciliant les allergiques à la philo avec le cogito érudit.
L'album oppose brillamment science et mythe, raison et instinct, mort et mémoire. La baleine bleue, guide bienveillant, incarne une sagesse animale qui fait vaciller le rationalisme cartésien. Schmitt prolonge ainsi son exploration des grands mythes, tissant zoologie, paléontologie et histoire des idées en un tapisserie poétique.
Un chef-d'œuvre d'originalité
La tête de mort venue de Suède est un tour de force : puissant, magistral, visuellement somptueux et intellectuellement stimulant.

Trois-fois-morte

Série : La cuisine des ogres
Publié par SilSocrate le 2025-11-08 10:54:54

«La Cuisine des Ogres : Trois-fois-morte» (tome 1 d'une série prévue en trilogie, avec des histoires indépendantes) est une BD sortie en mars 2024 chez Rue de Sèvres, scénarisée par Fabien Vehlmann et dessinée par Jean-Baptiste Andréae. C'est un conte fantastique sombre inspiré des légendes savoyardes (la Dent du Chat), où des ogres fins gourmets raffolent d'ingrédients... peu conventionnels, comme des enfants des rues. L'héroïne, Blanchette, une orpheline maligne au passé lourd, se retrouve capturée et doit survivre dans cet univers culinaire infernal, entre hachoirs géants, lacs-vaisselle enchantés et bestiaire monstrueux.
C'est un vrai régal, Vehlmann excelle dans les contes cruels pour grands enfants , avec un suspense permanent, des personnages attachants (même les ogres ont leur charme glouton) et des touches d'humour grinçant qui contrebalancent l'horreur. L'univers est hyper inventif : une montagne entière transformée en cuisine géante, avec des références à Perrault, Rabelais ou même Little Nightmares, et des thèmes sous-jacents comme les abus sur les enfants ou nos excès sociétaux (les humains sont les vrais ogres, finalement).
Le dessin d'Andréae est somptueux, foisonnant de détails, avec une colorisation directe magistrale qui mélange poésie, gothique et surréalisme. Les pages sont vivantes, dynamiques, et l'ambiance passe du glauque au merveilleux en un clin d'œil. Avec 80 pages, c'est dense, rythmé, sans vide – un festin visuel et narratif qui donne envie de suite.

Astérix en Lusitanie

Série : Astérix - Une aventure d'Astérix le Gaulois (série principale)
Publié par SilSocrate le 2025-11-04 17:56:20

Par un beau matin de printemps, un inconnu, Boulquiès débarque au village gaulois. Il vient de Lusitanie (l'actuel Portugal antique, ouest de l'Hispanie romaine) pour demander de l'aide : un ami producteur de garum (sauce de poisson fermentée) est accusé d'avoir empoisonné César. Astérix et Obélix (avec Idéfix, bien sûr) embarquent pour un voyage maritime vers cette terre ensoleillée, sous la férule romaine. Là-bas, ils découvrent un peuple fier mais mélancolique, menacé par l'expansionnisme romain.
Deuxième tome du tandem Fabcaro-Conrad après L'Iris blanc (2023), Astérix en Lusitanie (éd. Albert René, 48 p., 23 octobre 2025) sort en fanfare dans 19 langues et 25 pays. Et pour cause : après des années de hauts et de bas post-Goscinny, cet opus renoue avec l'esprit originel de la série. Moins d'action tapageuse que dans certains tomes récents, plus d'humour fin et de satire sociale. Fabcaro, maître de l'improvisation, injecte une fraîcheur bienvenue, tandis que Didier Conrad affine sa patte, toujours en quête de l'héritage Uderzo pour les proportions des personnages.
L'album excelle dans son évocation de la Lusitanie : pas de carte postale facile avec sardines grillées ou fado hurlant, mais une exploration poétique de la saudade – cette mélancolie fière, mélange de résistance et de trahison, inspirée du chef historique Viriate (assassiné par les siens en 139 av. J.-C.). Une case culte : un Lusitanien confie à Astérix "la fierté d'avoir résisté et la tristesse d'une trahison des nôtres". Réplique d'Obélix : "Ils sont fous, ces nôtres !" Un clin d'œil génial à l'esprit gaulois, qui humanise les Portugais sans les caricaturer. Fabcaro assume : "J'ai voulu un angle bienveillant, dans lequel les Portugais se reconnaissent."
Les gags fusent, anachroniques et tendres : un couple de retraités lutéciens (parisiens) en "charavane" (camping-car antique) qui râlent sur tout ("C'est bien pour les retraités, mais les impôts !"), une rencontre hilarante avec les pirates en pleine mer (clin d'œil aux tomes fondateurs), ou Obélix dubitatif face au garum : "Un pays qui se nourit de morue et de sauce de poisson... Peu enthousiaste !" Les noms en "-ès" (Pataquès, Mavubès) pétillent, et les références actuelles – mots de passe romains, marketing impérial, exil doré des seniors – piquent juste sans alourdir.
Côté dessin, Conrad brille : décors chatoyants (castros fortifiés, oliviers tordus, couchers de soleil orangés), couleurs vives de Thierry Mébarki qui évoquent une carte postale vivante. Un retour aux sources udertziennes, plus maîtrisé que jamais. L'intrigue, rythmée par une bataille finale sur la côte (pièges locaux, tonneaux roulants), culmine en banquet partagé – gaulois et lusitanien –, avec une morale bonne enfant sur la solidarité face à l'expansionnisme.

2/7 : freak out

Série : 1/7
Publié par SilSocrate le 2025-11-03 12:21:05

Après le tome 1 (Terre Jumelle), où on découvre des vestiges aliens sur une planète jumelle de la Terre, ce tome 2 monte en tension. L'expédition Shantipole sur Kettlewell est sous le choc, le ministre Ellsworth est kidnappé par des activistes dans les vieux quartiers de Luna Stargoods, et Kathleen "tombe le masque" en rejoignant les rebelles (avec un petit vol de millions au passage). C'est du pur space opera : complots politiques, course contre la montre, et une menace invisible qui cible les installations humaines. Le scénario de ValR est dense, avec des twists qui collent bien à l'ambiance cyberpunk/coloniale.
Jim Maître livre un style réaliste et détaillé, avec des décors lunaires bluffants (cratères, dômes pressurisés, vaisseaux). Les couleurs sont vives mais pas criardes, et les scènes d'action (poursuites, hacks) ont du mouvement – on sent l'influence de l'animation. Les expressions faciales et les foules d'activistes sont top pour immerger le lecteur.
Ça parle pouvoir corrompu et écologie spatiale, sans être moralisateur. Pour une auto-édition de 2011, c'est audacieux et rafraîchissant, loin des gros éditeurs.

Captif des glaces

Série : Captif des glaces
Publié par SilSocrate le 2025-11-02 16:35:56

"Captif des glaces" de Clément Baloup et Hugo Stephan ! C'est une BD sortie en 2024 chez Steinkis, qui raconte l'expédition tragique de l'USS Jeannette en 1879, menée par George W. Melville et George De Long pour conquérir le Pôle Nord. Un vrai récit historique d'aventure polaire, avec du froid qui mord, des glaces impitoyables et des ambitions humaines qui se heurtent à la nature sauvage. J'adore ce genre de docu-fiction qui mélange exploration, survie et leçons sur l'hybris des explorateurs du XIXe siècle.
Captif des glaces n’est pas juste une BD d’aventure polaire : c’est aussi une méditation sur l’échec, la folie des grandeurs et la fragilité humaine face à la nature. Ce qui frappe, c’est que les auteurs ne jugent pas De Long et son équipage. Ils montrent des hommes sincèrement convaincus qu’ils allaient faire l’Histoire, armés de cartes obsolètes, de théories farfelues (comme le « Gulf Stream polaire » censé réchauffer l’Arctique !), et d’un bateau renforcé par Edison en personne… qui finira broyé comme une coquille de noix.
C'est une pépite pour les fans d'histoires vraies qui claquent comme un thriller. Le scénario est bien rythmé, fidèle aux faits (inspiré des journaux de bord de Melville), et il met en lumière les erreurs fatales de l'équipage – genre, partir avec des techs dernier cri d'Edison mais sous-estimer la banquise. Ça donne une tension palpable, sans verser dans le sensationnalisme gratuit. Et pour un premier album d'Hugo Stephan au dessin, chapeau : les planches sont immersives, avec une colorisation astucieuse qui joue sur les bleus froids et les ombres pour te faire grelotter. Les bulles sont minimalistes, ce qui laisse la place aux images pour raconter l'horreur du froid.
Le point de vue de Melville : ingénieur en chef, rationnel, presque obsessionnel. Il incarne la science face au mysticisme de De Long. Leur duo est fascinant : l’un rêve de gloire, l’autre veut juste que le moteur marche. C’est un duel d’ego autant qu’une lutte contre les glaces.
La mise en scène du froid : pas de métaphores faciles. Stephan dessine le silence oppressant, les visages rongés par le gel, les chiens qui meurent un à un. Une case où un marin regarde sa main noircie par la gangrène ? Glaçant (littéralement).
L’économie narrative : pas de dialogues inutiles. Chaque mot compte, comme dans un journal de bord. On ressent l’isolement.
C’est une BD sobre, puissante, presque documentaire, mais avec une vraie âme. Elle ne te prend pas pour un idiot : elle te balance 33 morts, un bateau perdu, et te laisse avec une question : valait-il le coup, ce pôle ?

Les guerres de Lucas, Episode II

Série : Les guerres de Lucas
Publié par SilSocrate le 2025-11-02 09:57:46

BD biographique de Laurent Hopman (scénario) et Renaud Roche (dessin), publiée chez Delcourt / Mirages en octobre 2025. C'est la suite de la trilogie qui retrace l'épopée chaotique de George Lucas, avec un focus cette fois sur le calvaire de la production de L'Empire contre-attaque.
Un récit haletant et ultra-documenté : Hopman ne fait pas dans la fiction légère ; c'est une plongée scrupuleuse dans les coulisses hollywoodiennes des années 70-80. Après le triomphe du premier Star Wars, Lucas se bat pour son indépendance contre les studios voraces (Fox en tête), tout en gérant un tournage maudit : tempêtes en Norvège, accidents dingues, conflits d'ego avec Kershner et les acteurs. Les 208 pages (format album cartonné, 22x28 cm) se lisent comme un thriller, avec un rythme qui alterne flashbacks et crises en temps réel.
Le dessin de Roche claque : Style semi-réaliste dynamique, avec des planches qui capturent l'énergie brute des plateaux – imagine des splash pages de tempêtes enneigées ou de négociations tendues sous les néons. Les couleurs froides pour les drames extérieurs et chaudes pour les bastons internes créent une vibe immersive. Les clins d'œil visuels à la saga (sans plagier) sont subtils et malins.
De la profondeur sur Lucas l'humain : On voit le gamin rebelle devenu mogul torturé, obsédé par le contrôle créatif au prix de sa santé. Les thèmes (pouvoir, amitié toxique avec Spielberg, pression du succès) résonnent avec l'industrie actuelle (Disney, etc.). C'est mature, sans complaisance, et ça tease magistralement le tome 3 sur la prélogie. Le premier avait plus de légèreté sur les déboires juvéniles de Lucas ; ici, c'est plus sombre, avec les drames qui s'accumulent.
C'est une masterclass de BD historique qui transforme l'histoire du cinéma en épopée épique, parfaite pour les fans de Star Wars ou de biopics décalés.

1/7 : Terre jumelle

Série : 1/7
Publié par SilSocrate le 2025-11-02 09:40:11

Jim Maître - 1/7 Tome 1 : Terre jumelle
BD de SF indépendantes. Terre jumelle (paru en 2010 chez FTW Productions) est le premier tome d'une série ambitieuse en 7 volumes intitulée 1/7, co-créée par Jim Maître (au dessin et aux couleurs) et ValR (au scénario, un docteur en neurosciences qui reste anonyme pour des raisons pro). C'est un space opera pur jus, en format franco-belge grand format (54 planches, fabriqué en France).
Le pitch rapide (sans spoilers majeurs)
L'humanité a fui une Terre devenue stérile et quarantaine, pour coloniser le système solaire. Maintenant, on vise une exoplanète lointaine, codée M 812 – une "Terre jumelle" qui incarne tous les espoirs et les convoitises. Mais rien n'est simple : entre troupes d'avant-garde sur le croiseur Shantipole, attaques mystérieuses en périphérie solaire, terroristes, conspirations et soupçons d'extra-terrestres, l'euphorie vire vite au cauchemar. Le tome pose les bases d'un univers riche, avec des thèmes comme l'émergence de la vie dans l'Univers, les croyances anciennes face au futur, et ce qui se passerait si on croisait vraiment "l'autre".
Globalement, c'est un 1er tome engageant qui m'a accroché pour son ambition et son potentiel.
Le scénario (ValR) est solide et intrigant ! Il mélange hard SF (avec des concepts neuroscientifiques sous-jacents, vu le background du scénariste) et thriller géopolitique interstellaire. Les pistes narratives – extra-terrestres ? Terroristes ? Sociétés secrètes ? – s'empilent comme des neutrinos, et ça donne envie de enchaîner sur le tome 2 (Freak Out). Par contre, c'est dense : trop de termes techniques et de noms complexes au démarrage, ce qui peut rendre le tout un peu ardu à suivre.
Le dessin et les couleurs (Jim Maître) : C'est là que ça brille (littéralement, avec des couleurs vives et contrastées). Maître a un style réaliste et dynamique, avec un talent évident pour les décors spatiaux et les vaisseaux – fruit de son expérience comme assistant sur La Compagnie des Glaces chez Dargaud. Les planches sont aérées, les perspectives immersives, et ça respire le cinéma SF.
Une BD indé qui ose, avec une vraie réflexion sur l'humanité face à l'inconnu. C'est engageant pour les fans de SF hard, et ça ouvre des perspectives folles pour la suite (qui explore des vestiges aliens, des conspiration lunaires). Prometteur, mais avec un tome 1 qui pose plus de questions que de réponses.

Chroniques d'un mangaka, Tome 1

Série : Chroniques d'un mangaka
Publié par SilSocrate le 2025-11-01 15:11:28

Chroniques d'un mangaka, tome 1 de Christophe Cazenove au scénario et Fairhid Zerriouh au dessin ! J'adore ce genre de BD qui plonge dans le monde de la création de mangas avec un œil humoristique et auto-dérisoire. C'est sorti en 2010 chez Cléopas, et ça suit Léo, un ado français ultra-convaincu qu'il va devenir le prochain grand mangaka, malgré le scepticisme de son entourage (son pote lunaire Abarane et la crush Digi). L'histoire mélange gags délirants sur les galères d'un aspirant auteur – du syndrome de la page blanche aux pitchs foireux chez les éditeurs – avec une petite romance et des clins d'œil au milieu manga.
C'est franchement sympa et rafraîchissant pour un premier tome. L'humour est léger, absurde par moments, avec des couleurs vives et un style graphique dynamique de Zerriouh qui colle parfaitement à l'énergie chaotique du perso principal. Les situations sont drôles sans être trop lourdes : imagine un mec qui dessine son super-héros cyberpunk "Tekkel" en pleine crise existentielle, entouré de potes qui le chambrent. Ça parle bien aux fans de mangas qui connaissent les frustrations de la création, et c'est accessible même si t'es pas du tout dans le milieu.
Par contre, c'est pas de la grande littérature BD non plus – l'humour peut parfois virer au gag prévisible, et les persos secondaires manquent un chouia de profondeur au démarrage. Mais pour un one-shot-like (même si y a des suites), c'est du plaisir coupable garanti, idéal pour une lecture détente.

La compagnie des lames brisées

Série : Empires
Publié par SilSocrate le 2025-11-01 09:17:58

Empires, Tome 5 : La Compagnie des Lames Brisées

Empires est une série de dark fantasy que j'adore pour son mélange de réalisme brutal (à la "La Compagnie Noire"de Glen Cook) et d'épopée flamboyante (dans la veine de David Gemmell). Créée par Nicolas Jarry (scénariste habitué des univers sombres comme Elfes ou Nains), avec des dessins d'Oleg Robulev, des couleurs d'Amélie Picou et Vincent Powell, et un storyboard d'Andrea Duneo, c'est une saga qui suit des compagnies de mercenaires (libres-lames) dans un monde impitoyable divisé entre Nord et Sud, avec des intrigues politiques, des trahisons et une magie omniprésente.
Le tome 5 marque la fin de la série (prévue en 5 tomes). Il se concentre sur Jorn, un ancien héros brisé, réduit à l'esclavage dans l'arène d'un doge corrompu. Captif et forcé de massacrer ses anciens frères d'armes pour survivre, il affronte trahisons, deuil et manipulations au cœur d'un empire en déclin. L'intrigue culmine avec une révolte naissante, mêlant complots, sacrifices et légendes oubliées. C'est sombre, viscéral,tout en laissant une saveur amère sur le cycle de la violence.
C'est un excellent tome final qui honore la série sans tomber dans le piège d'une résolution trop propre. J'ai adoré comment Jarry approfondit la psychologie de Jorn – un anti-héros rongé par la rage et le remords, qui incarne parfaitement le thème central d'Empires : la fragilité des empires (littéralement et figurativement). Les combats dans l'arène sont brutaux et chorégraphiés avec une intensité qui rappelle les gladiateurs antiques, mais avec une couche fantasy qui rend tout plus épique. Les thèmes de la corruption du pouvoir et de la rédemption forcée sont traités avec nuance, sans manichéisme, ce qui rend l'histoire addictive et philosophique à la fois.
Côté visuel, Robulev livre du grand art : des planches dynamiques, des décors oppressants (l'arène comme un enfer urbain) et une expressivité des visages qui transmet la douleur intérieure des persos. Les couleurs sombres et ocre renforcent l'atmosphère de déclin, et le lettrage de Sandrine Cordurié ajoute du poids aux dialogues crus.
Ça reste très violent et nihiliste – pas pour les âmes sensibles.
Une clôture magistrale qui élève la série au rang de must-read pour les fans de dark fantasy.

Pouvoirs

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-31 09:10:22

"Le Chant des Stryges" saison 3, tome 13 : Pouvoirs ! C'est un album qui marque le coup d'envoi du troisième et dernier cycle de cette saga culte d'Éric Corbeyran et Richard Guérineau, sortie en 2010 chez Delcourt. Franchement, j'adore cette série depuis ses débuts en 1999 : un mélange explosif de thriller politique, de fantastique sombre et de complots à la sauce vampiresque, avec ces Stryges – ces créatures mythologiques – qui tirent les ficelles dans l'ombre des puissants.
Pour ce tome, je le trouve très prometteur et rafraîchissant après la fin un peu essoufflée du cycle précédent. Sept ans ont passé depuis la mort de Sandor G. Weltman. On retrouve Debrah, l'héritière impitoyable de cet empire colossal, qui jongle avec une fortune dingue et une équipe d'élite, mais son attitude vis-à-vis des Stryges reste floue – alliance ou confrontation totale ? Les Stryges, eux, exigent sa peau, et l'intrigue repart sur les chapeaux de roues avec une traque haletante, des flashbacks au 24 décembre dans plusieurs coins du globe, et l'introduction de nouveaux persos, dont un psychopathe qui apporte une dose de brutalité sadique.
Corbeyran signe ici son 200e album, et on sent la maîtrise. C'est dense, rythmé, avec des twists qui relancent l'univers sans le trahir. Guérineau : Toujours au top, sombre et expressif, avec une colorisation par Luca Malisan qui renforce l'atmosphère glauque et mystérieuse. Les scènes d'action claquent, et les Stryges restent flippants.
L'ambiance explore les thèmes du pouvoir absolu, de l'infertilité des Stryges (qui menace leur survie et celle des humains), et des hybrides qui émergent comme des Jokers. C'est mature, sans complaisance, et ça te laisse avec un cliffhanger qui te hante.

Miss Annie

Série : Miss Annie
Publié par SilSocrate le 2025-10-30 11:12:21

Miss Annie – Tome 1 : Liberté
Par un humain au service de Sa Majesté Féline
Scénario : Frank Le Gall
Dessins & couleurs : Flore Balthazar
Éditions Dupuis – 2010 – 78 pages
Quand un chat décide de raconter sa vie, les humains n’ont plus qu’à se taire.
Miss Annie est une jeune chatte noire et blanche, malicieuse, curieuse, un poil arrogante – bref, un chat.
Elle vit dans un appartement chaleureux avec Sonpapa (écrivain en panne d’inspiration), Dadame (rédactrice débordée) et Sarah (l’ado qui claque les portes).
Miss Annie rêve du Dehors.
Elle observe les oiseaux par la fenêtre, écoute les histoires terrifiantes de Keshia, sa meilleure amie… une souris. Oui, tu as bien lu.
Une chatte et une souris qui boivent le thé (enfin, l’eau du robinet) et papotent sur la vie, l’amour, la mort.
C’est absurde, tendre, et génial.
Un jour, elle s’échappe.(une fenêtre entrouverte...)
Et là, c’est le choc : les chats errants, la liberté sauvage, les dangers, les amitiés improbables.
Frank Le Gall dose parfaitement l’humour pince-sans-rire et l’émotion brute.
Flore Balthazar, elle, dessine les chats comme personne : un regard en coin, une oreille qui pivote, une queue en point d’interrogation… chaque planche est une caresse visuelle.
Miss Annie brocarde ses "humains" (Sonpapa l'écrivain, Dadame la rédactrice, Sarah l'ado) avec un sarcasme félin imparable. On ne voit que leurs pieds – génial pour immerger dans son monde ! Elle chasse des gommes, squatte les coussins, et rêve du Dehors malgré les mises en garde de sa copine Keshia la souris (oui, une chatte pote avec une souris, c'est du pur génie).

Chutes

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-29 10:44:35

Le Chant des Stryges, tome 12 – Chutes
Corbeyran & Richard Guérineau – Delcourt, 2008
« Et si la chute n’était pas la fin, mais le début d’autre chose ? »
Chutes, douzième tome du Chant des Stryges, et probablement l’un des plus audacieux de la série. Après onze volumes de mystères accumulés, de faux-semblants et de révélations en demi-teinte, Corbeyran choisit ici de tout renverser. Pas de fusillades, pas de courses-poursuites dans les ombres de Washington ou de Budapest. Non. Juste un homme, Sandor G. Weltman, assis face à nous, et qui parle.
Et il parle longtemps.
Un long monologue, une bombe narrative
L’album est presque intégralement composé du récit de Weltman : son origine médiévale, son pacte avec les Stryges au XIIe siècle, sa survie à travers les âges, sa double nature, ses regrets, ses manipulations… et surtout, le rôle central de Debrah. Tout ce que l’on pressentait, tout ce que l’on craignait, tout ce que l’on espérait : c’est là, brut, sans filtre.
Ce choix est risqué. Très risqué.
Un moment de vérité où l’on comprend enfin pourquoi tout cela arrive.
Et ils ont raison. Les deux camps.
Les forces de l’album
La profondeur psychologique de Weltman
Loin du grand méchant classique, il est ici un immortel brisé, rongé par la solitude, la culpabilité et une forme de folie douce. Corbeyran le rend humain – terrifiant, mais humain. On le hait. On le plaint. On le comprend. C’est magistral.
Le dessin de Guérineau, toujours aussi juste
Même dans un album quasi statique, chaque planche respire. Les expressions, les ombres, les silences graphiques : tout sert le texte. On note une légère simplification du trait (moins de détails, couleurs plus franches), mais cela colle parfaitement à l’intimisme du récit.
Chutes : chutes physiques (plusieurs séquences vertigineuses), chutes morales, chutes de masques… et une chute finale littérale, qui clôt le cycle avec une puissance symbolique rare.
Il est le point d’orgue d’un cycle, la clé qui ouvre la saison 3 (qui démarre 7 ans plus tard). Sans lui, la suite perdrait toute sa puissance.
C’est un album courageux, qui ose le monologue, la confidence, la révélation totale.

Cellules

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-27 15:53:04

Le Chant des Stryges – Tome 11 : Cellules
Corbeyran & Richard Guérineau – Delcourt, 2007
Un huis clos sous haute tension
Oubliez les courses-poursuites, les explosions et les Stryges qui volent dans la nuit. Cellules est un tome intérieur. Un tome de silence, de regards, de murs. Et pourtant, rarement un album de la série n’aura été aussi étouffant.
Nivek est là, brisé, prisonnier, interrogé et aanipulé. Le héros d’hier n’est plus qu’une coquille vide, un pion sur un échiquier dont il ne comprend plus les règles. Et au centre, une question lancinante : qui contrôle qui ?
Un thriller psychologique.Corbeyran excelle dans le non-dit. Chaque dialogue est une partie d’échecs. Chaque silence, une menace. On ne nous explique rien, on nous montre. Corbeyran maîtrise toujours son art du cliffhanger. Ce tome est un page-turner absolu : chaque chapitre se termine sur une révélation ou une menace imminente. On sent que l’auteur a voulu accélérer le tempo après une saison 1 plus contemplative.
Et quand enfin une pièce du puzzle se met en place… une autre disparaît.
Sans trahir la psychologie complexe établie depuis le début, on voit enfin certains protagonistes prendre des décisions radicales. Kevin, notamment, sort de sa zone de confort et devient plus actif, presque borderline.
Richard Guérineau, lui, signe peut-être son meilleur travail sur la série. Ses gros plans sur les visages sont d’une intensité rare. Les planches sont plus sombres, plus contrastées, avec un usage maîtrisé des ombres et des textures. Les scènes dans les "cellules" sont visuellement oppressantes.
Ce tome creuse la question du contrôle social, de la surveillance génétique et de la manipulation des corps. C’est glaçant parce que ça fait écho à des débats actuels (CRISPR, biohacking, etc.). Corbeyran ne donne pas de leçons, il sème des graines.
Cellules est un tome charnière, plus nerveux et plus sombre que les précédents. Il ne fait pas dans la dentelle : il cogne, il questionne, il prépare le terrain pour une fin de saison 2 qui s’annonce explosive.

Yama

Série : Les épées de verre
Publié par SilSocrate le 2025-10-27 09:30:13

Les Épées de verre, tome 1 : Yama
Sylviane Corgiat (scénario), Laura Zuccheri (dessin et couleurs)
Les Humanoïdes Associés, 2008 (rééd. 2021), 48 p.
Une fantasy écologique à hauteur d’enfant – avec un écho arthurien
Dans un monde où le soleil s’éteint et où des épées de verre cristallisent la vie au moindre contact, Yama pose les fondations d’une quête à la fois épique et intime. Au centre : une gamine de douze ans, Yama, aussi têtue qu’attachante, dont la colère et les larmes donnent chair à une prophétie millénaire. Accompagnée d’un mentor bourru (Miklos, guerrier mutique au passé lourd) et d’une créature hybride nommée Kâ, elle part réunir les quatre lames pour sauver la planète – et venger sa mère.
L’écho arthurien est indéniable, et loin d’être fortuit. Comme Excalibur plantée dans le roc, l’épée de verre tombe du ciel et attend l’élu capable de la manier. Yama, simple villageoise, devient l’héritière malgré elle d’un pouvoir destructeur et salvateur – un motif classique du « roi élu » revisité à hauteur d’enfant. Mais Corgiat détourne habilement le cliché : ici, l’épée n’est pas un symbole de légitimité royale, mais une malédiction planétaire. Toucher la lame, c’est mourir en cristal ; la brandir, c’est condamner ou sauver le monde. Le parallèle avec la légende arthurienne est donc inversé et modernisé : l’élu n’est pas un chevalier en armure, mais une gosse en sandales, et la quête n’est pas de conquête, mais de réparation écologique.
Laura Zuccheri, une vision magistrale
Si le scénario est solide, c’est le dessin qui vole la vedette. Laura Zuccheri livre ici l’un des plus beaux albums de sa carrière. Chaque planche est un tableau : jungles luxuriantes, glaciers scintillants, villages en ruines organiques. Les aquarelles, douces et vibrantes, créent une lumière unique, presque onirique, qui contraste avec la menace apocalyptique.
Le bestiaire est original et poétique. Les expressions de Yama, tour à tour rageuses, espiègles ou perdues, traduisent une maîtrise rare du langage corporel. Zuccheri cite Miyazaki et Mœbius comme références : l’influence est évidente, mais l’écho arthurien s’y glisse aussi dans la solennité des épées, dressées comme des menhirs de lumière dans des paysages désolés.
Yama est un bijou visuel qui cache une quête humaine et sincère. Le rythme lent du tome 1 est un choix assumé – et payant – pour ancrer l’émotion. On reprochera peut-être une intrigue prévisible au départ, mais l’inversion du mythe arthurien (l’épée comme fardeau, non comme couronne) et les indices SF disséminés (les épées viennent-elles d’ailleurs ?) compensent largement.
Les Épées de verre tome 1 séduit par sa beauté formelle, sa sensibilité féminine (un duo 100 % féminin, rare dans le genre) et son message écologique discret mais poignant.

Les chemins de l'exil

Série : La mémoire d'Abraham
Publié par SilSocrate le 2025-10-27 09:29:23

La Mémoire d’Abraham – Tome 1 : Les Chemins de l’Exil
Jean-David Morvan (scénario), Ersel (dessin), Steven Dupré (couleurs)
Casterman, 2005
Un parchemin qui ne veut pas mourir
Jérusalem, 70 après J.-C. Le Temple flambe. Abraham, scribe, fourre un rouleau sous sa tunique et court.
Ce n’est pas un trésor d’or : c’est une généalogie, une prière, un bout de mémoire.
Quinze siècles plus tard, ce même rouleau traverse Bagdad, Tolède, un shtetl polonais.
À chaque arrêt : un descendant, une persécution, une fuite.
Le scénario de Jean-David Morvan est fidèle au roman, il conserve la structure en chapitres-époques (Jérusalem 70, Bagdad 1165, Tolède 1492, etc.).
→ Chaque segment est un mini-récit tragique, avec un descendant d’Abraham qui transmet le manuscrit malgré l’exil, la persécution, la mort.
Morvan condense tout ça en 48 pages. C’est beau, c’est dense, c’est trop court.
Les dessins d’Ersel sont réalistes, soignés, avec une belle maîtrise des décors historiques (Jérusalem en flammes, Cordoue mauresque…).
→ Les visages sont expressifs, les scènes de foule impressionnantes.
Les couleurs de Dupré sont chaud, lumineux, presque trop beau parfois… mais ça contraste bien avec la violence des événements.
Quatre époques, quatre héros, quatre drames en 48 pages = survol permanent.
On s’arrête en 1881, en plein pogrom. Tome 2 obligatoire. Sans lui, c’est un cliffhanger cruel.
Une leçon d’histoire juive accessible, sur la résilience face à l’exil, sans lourdeur.

Manipulations

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-26 15:23:41

Le Chant des Stryges – Tome 10 : Manipulations
Scénario : Éric Corbeyran | Dessin : Richard Guérineau | Couleurs : Christian Favrelle
Delcourt – 2006 – 48 pages
Un tome charnière, entre accélération et essoufflement
Dix tomes après le lancement de la série en 1997, Le Chant des Stryges reste une valeur sûre du thriller fantastique franco-belge. Avec Manipulations, on entre dans le vif de la saison 2 (tomes 7 à 12), après les lourdes révélations du tome 9 (Révélation). Le grimoire de Venoncius – artefact magique capable d’anéantir l’emprise des Stryges sur le monde – est désormais entre les mains de Sandor Weltman, milliardaire aussi charismatique que machiavélique, et de son bras armé, le lieutenant Reese. L’Ombre (Debrah) et Nivek, accompagnés d’Abeau et Cylinia, se lancent dans une course contre la montre pour récupérer l’objet avant qu’il ne serve des desseins apocalyptiques.
Ce qui fonctionne à merveille
Un rythme haletant
Corbeyran abandonne les longues phases d’exposition pour un page-turner pur. Poursuites, trahisons, révélations : tout s’enchaîne avec une efficacité redoutable. Le titre Manipulations est parfaitement choisi – on ne sait plus qui manipule qui, entre Stryges, humains corrompus, hybrides et agents doubles.
Weltman, enfin en lumière
Après des tomes où il n’était qu’une ombre, le grand antagoniste prend chair. Froid, calculateur, presque magnétique, il vole la vedette aux créatures surnaturelles. Un méchant mémorable.
L’univers élargi
Les liens avec Le Clan des chimères (spin-off) sont subtils mais bien dosés. On sent que tout converge vers un final global – et c’est excitant.
Ce qui grince
Le dessin en perte de vitesse
Richard Guérineau, habituellement maître du trait nerveux et expressif, semble ici bâcler son travail. Les décors sont minimalistes, les visages parfois figés, et la colorisation de Christian Favrelle est terne. On est loin de la maestria des premiers tomes.
Les Stryges… où sont-elles ?
Ironie : les fameuses créatures ailées, cœur du titre, sont quasi absentes. L’intrigue se recentre sur du polar humain, avec complots financiers et militaires. Le fantastique devient un simple fil rouge. Dommage pour l’identité de la série.
Un MacGuffin de plus
À peine le grimoire récupéré, voilà qu’un livre de plomb apparaît en fin d’album. Ça sent la prolongation artificielle.

Eanna

Série : Succubes
Publié par SilSocrate le 2025-10-26 09:58:56

Succubes, tome 3 – Eanna
Thomas Mosdi (scénario) – Gianluca Acciarino (dessin) – Marta Martinez (couleurs)
Éditions Soleil, collection Secrets du Vatcan – 48 pages – 2012
C'est le troisième one-shot de cette anthologie érotique historique, où chaque tome met en scène une succube influençant l'Histoire en sous-main, filles de Lilith et manipulatrices de désirs.
Quand l'Histoire sumérienne se pare de velours et de venin
Dans cette série qui revisite l'Histoire à travers le prisme des succubes – ces femmes fatales immortelles œuvrant dans l'ombre pour un plan occulte –, le tome 3 marque un virage vers l'Antiquité la plus ancienne. Et quel virage ! Eanna nous plonge en Mésopotamie, à l'aube de la civilisation, où la reine d'Uruk affronte trahisons et envahisseurs pour devenir la grande prêtresse des filles de Lilith. C'est du Mosdi pur jus : un mélange d'ésotérisme, de politique antique et d'érotisme qui ne fait pas dans la dentelle.
Une reine traquée, un destin divin
L'intrigue est tendue comme une corde de lyre sumérienne. Eanna, souveraine d'Ur, voit son royaume assiégé par des hordes reptiliennes surgies des marais (oui, du fantastique bien dosé dans l'historique). Trahie par ses proches, elle fuit avec une poignée de fidèles, usant de sa beauté et de son intelligence comme armes fatales. Mosdi excelle à tisser les fils d'une conspiration où le pouvoir se paie en alliances charnelles et en sacrifices rituels. Pas de remplissage ici : 48 pages qui filent comme une flèche, avec un climax où la sensualité devient outil de rédemption. C'est simple, direct, et infiniment plus accessible que les tomes précédents, qui pouvaient pécher par excès d'ellipses mythologiques.
Un trait italien qui envoûte
Premier album en France pour Acciarino (connu en Italie pour Brendon), et quel coup d'éclat ! Son style nerveux, presque baroque, capture l'opulence mésopotamienne : ziggourats imposantes, étoffes diaphanes, corps sculpturaux sous un soleil implacable. Les couleurs de Martínez – ocres terreux, bleus lapis profonds, touches d'or divin – font de chaque planche un fresco érotique. Les scènes de séduction ? Frontales, assumées, avec des poses qui flirtent avec l'académisme antique sans jamais verser dans la vulgarité. Eanna est voluptueuse, féroce, humaine – un personnage qui hante, loin des stéréotypes.
Succubes 3 : Eanna n’est pas une BD érotique qui se cache derrière une intrigue. C’est une épopée charnelle, un polar antique en lingerie de soie, une ode à la femme déchue qui renaît en déesse, un polar sumérien saupoudré de miel et de sang.

Roxelane

Série : Succubes
Publié par SilSocrate le 2025-10-25 15:41:56


Succubes Tome 2 : Roxelane (publié en 2011 par Soleil Productions, scénario de Thomas Mosdi et dessins d'Adriano De Vincentiis) ! C'est un album qui mélange histoire ottomane et fantasy érotique, surtout autour de la figure fascinante de Roxelane, l'esclave slave devenue l'une des femmes les plus puissantes de l'Empire ottoman au XVIe siècle, épouse de Soliman le Magnifique. La série Succubes n'est pas du tout centrée sur les succubes mythologiques traditionnels (ces démons femelles vampires d'énergie sexuelle qui hantent les rêves des hommes). Au contraire, c'est une réinterprétation audacieuse où "succubes" désigne une société secrète de femmes charismatiques et manipulatrices, descendantes légendaires de Lilith, qui infiltrent les sphères du pouvoir pour renverser la domination masculine. Pas de cornes ou de queues ici, mais des intrigues de palais, de la séduction politique et un brin d'ésotérisme – ce qui rend l'ensemble plus ancré dans une "pseudo-réalité" historique que dans le pur fantastique horrifique. Ça change la donne et évite le cliché du monstre érotique pour se pencher sur des thèmes comme l'empowerment féminin occulte.
Le cadre historique et l'intrigue : L'ascension de Roxelane depuis les marchés d'esclaves jusqu'au cœur du harem de Soliman est captivante. Mosdi s'inspire librement de faits réels (sa capture en 1520, son influence sur les décisions impériales), mais y injecte cette couche de complot succubien : ces femmes tirent les ficelles pour un grand plan matriarcal. C'est rythmé, avec des twists politiques et des scènes de séduction qui font monter la tension. Comparé au tome 1, celui-ci tient vraiment en haleine du début à la fin, en transportant le lecteur dans les fastes orientaux du XVIe siècle. Et le fait que chaque tome soit indépendant est un plus – pas besoin de tout relire pour plonger dedans.
Les dessins de De Vincentiis livre un travail somptueux ! Les corps féminins sont magnifiés avec une sensualité presque hypnotique, les décors ottomans (harem, bazars, palais) regorgent de détails orientaux vibrants. Les couleurs, souvent chaudes et exotiques, exhalent l'atmosphère de l'Empire ottoman. C'est du haut niveau, et le cahier graphique en fin d'album ajoute une couche sympa pour les fans.

Révélations

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-25 15:21:13

Le Chant des Stryges ! Cette série culte d'Éric Corbeyran et Richard Guérineau, un mélange explosif de thriller conspirationniste et de fantastique mythologique, avec ces créatures hybrides mi-femmes mi-oiseaux qui manipulent l'humanité depuis des millénaires. Le tome 9, sorti en 2005 chez Delcourt, et porte bien son titre : c'est un vrai feu d'artifice de révélations qui relance l'intrigue.
L'intrigue : Des secrets qui tombent enfin !
Ici, on suit Debrah (l'Ombre) qui récupère le grimoire de Venoncius, ce pivot mystique de l'univers des Stryges qui permet de les contrôler. Mais rien n'est simple : le lieutenant Reese, qu'on croyait mort, resurgit pour le reprendre au nom de Sandor G. Weltman, ce milliardaire énigmatique qui tire les ficelles. De l'autre côté, les jumeaux Abeau et Cylinia (des hybrides stryges) entrent en lice, et on en apprend enfin énormément sur Weltman et son pacte avec les Stryges – des twists inattendus qui lient tout à la nature même de ces créatures. Sans spoiler, disons que l'ADN des Stryges (avec une base supplémentaire par rapport aux humains) ajoute une couche scientifique fascinante au mythe.
C'est du Corbeyran pur jus : action non-stop (fusillades, poursuites, explosions), complots imbriqués et un rythme qui ne laisse pas respirer. Suspense haletant et enjeux globaux.
Le dessin et les couleurs : Guérineau excelle toujours dans les scènes d'action : réalistes, précises et viscérales, avec un découpage qui fait mouche. Les Stryges, quand elles apparaissent enfin , sont magnifiques – à la fois séductrices et terrifiantes. Par contre, le changement de coloriste (Christian Favrelle remplace Ruby) divise : les teintes sont plus vives et dynamiques, ce qui booste l'énergie.
Relance magistrale de la série, révélations choc qui unifient l'univers, et un équilibre parfait entre polar et surnaturel. Si vous aimez XIII mâtiné de vampires lovecraftiens, c'est pour vous.
Bref, ce tome 9 est un tournant réussi qui redonne du peps à la saga.

Défis

Série : Le chant des Stryges
Publié par SilSocrate le 2025-10-24 15:14:51

"Le Chant des Stryges", tome 8 ("Défis", saison 2), est un album qui marque un vrai tournant dynamique dans la saga d'Éric Corbeyran et Richard Guérineau. Sorti en 2004, il relance l'intrigue , en introduisant le grimoire de Venoncius – un artefact clé qui fait le lien avec les spin-offs comme "Le Clan des Chimères" et "Le Maître de Jeu". L'histoire suit Kevin Nivek et l'Ombre (Debrah) dans une quête haletante pour récupérer ce document des mains de Sandor Weltman, avec des alliances inattendues et une bonne dose d'action. On y découvre des infos historiques fascinantes sur les Stryges, ces créatures mythiques qui manipulent l'humanité dans l'ombre, sans pour autant les montrer encore à l'écran – ce qui frustre un peu, mais maintient le suspense pour les tomes suivants.
Côté dessin, Guérineau est au top : les planches sont fluides, l'ambiance sombre et gothique colle parfaitement au ton polar-fantastique, et Debrah y est particulièrement charismatique et badass. Le scénario est plein de rebondissements, avec un rythme qui ne laisse pas de répit.

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