Collection de SilSocrate


Les avis de lecture de SilSocrate

L'homme qui inventait le monde

Série : L'homme qui inventait le monde
Publié par SilSocrate le 2025-11-23 10:13:56

« L’Homme qui inventait le monde » (paru en 2022 chez Dargaud) est une très belle surprise, et franchement une des meilleures BD de science-fiction philosophique françaises de ces dernières années.
Le dessin de Léo Marchal est absolument somptueux. Son style semi-réaliste, ses couleurs crépusculaires, ses architectures titanesques et ses paysages immenses rappellent parfois Bilal, mais avec une patte très personnelle. C’est souvent époustouflant.
Le scénario de Rodolphe (le vétéran derrière Trent, Kenya, etc.) est d’une densité rare pour un one-shot de 120 pages. Il parvient à mêler hard-SF, métaphysique, critique de la toute-puissance technologique.
C’est un album « adulte » sans être prétentieux : il pose des questions profondes (qu’est-ce que la réalité ? la création justifie-t-elle la destruction ? la solitude est-elle le prix du génie ?) sans jamais donner de réponse toute faite.
En résumé : c’est une œuvre magnifique, poétique, vertigineuse et profondément humaine.

Bloody sunday

Série : Autopsie
Publié par SilSocrate le 2025-11-22 10:13:03

Autopsie tome 2 : Bloody Sunday !, Rien qu'à la couverture on sent déjà l'ambiance glaciale et tendue de Chicago sous la neige, avec ce légiste au regard perçant qui semble prêt à décortiquer plus qu'un simple cadavre. C'est du Tracqui pur jus : un polar médico-légal qui cogne fort, et je dois dire que j'adore ce genre de BD qui mélange expertise scientifique et intrigues mafieuses tordues.
Le scénario d'Antoine Tracqui – lui-même médecin légiste, ce qui rend les détails hyper réalistes et flippants – transforme l'histoire en un vrai "whodunit" haletant, avec un compte à rebours impitoyable de 24 heures. Paul Wahlberg, le protagoniste arrogant et imbu de lui-même, est détestable juste ce qu'il faut pour qu'on s'accroche à son sort : kidnappé par une famille de mafieux italo-américains pour autopsier le fils du parrain, il doit identifier l'assassin sous peine de mort. Les rebondissements sont inattendus, les trahisons familiales bien dosées, et l'ensemble évoque les grands romans noirs des années 70, avec une touche de gore clinique qui colle parfaitement au thème.
Côté dessin, Jean Diaz fait un boulot magistral : réaliste, sombre, avec des ombres blafardes et une neige qui envahit tout, renforçant le sentiment d'enfermement. Les couleurs d'Antonino Giustoliano ajoutent cette patine grise et froide qui rend les scènes d'autopsie presque palpables – un vrai régal pour les amateurs de thrillers visuellement immersifs. Quelques critiques notent que les persos semblent un poil trop résistants au froid (robes décolletées sous la tempête, vraiment ?), mais ça n'enlève rien au rythme addictif.
le "whodunit" est particulièrement vicieux, parce que tout le monde a une bonne raison de vouloir la peau du fils du parrain… et que l’autopsie elle-même devient un jeu de poker menteur grandeur nature.
Tracqui s’amuse à nous faire douter jusqu’à la dernière page : est-ce la femme trompée ? Le frère jaloux ? Le garde du corps qui en savait trop ? Ou carrément quelqu’un qu’on n’avait même pas envisagé ? Et comme on suit l’enquête à travers les yeux d’un légiste forcé de bosser sous la menace d’une arme, chaque incision, chaque détail anatomique peut être un indice… ou un piège tendu par le kidnappeur.
Franchement, le twist final m’a scotché (je ne spoile pas, mais quand tu découvriras qui et surtout comment, tu vas faire « ah ouais, l’enflure ! »). C’est du whodunit chirurgical, au sens propre comme au figuré.

Star Wars - Histoires de l'Hyperespace, Tome 1

Série : Star Wars - Histoires de l'Hyperespace
Publié par SilSocrate le 2025-11-21 16:27:56


C’est un recueil de 4 courtes histoires , toutes indépendantes, qui se déroulent à différentes époques mais avec une nette dominante époque Rebels / Guerre Civile Galactique (d’où le sous-titre français). Les auteurs et dessinateurs changent à chaque récit, ce qui donne un ton très varié.

Mon avis global : sympa, fun, mais clairement pas destiné aux lecteurs hardcore qui cherchent de la profondeur canonique.

C’est ultra coloré, très accessible, avec un style graphique souvent proche de l’animation (certains récits font penser à Star Wars Rebels ou même Clone Wars en plus enfantin).
Il y a un vrai effort d’humour et de légèreté
Le format anthologie permet de picorer , parfait pour une lecture rapide dans le métro ou avant de dormir.
Le dessin est globalement très bon, surtout Michael Atiyeh aux couleurs qui fait des merveilles.

C’est très jeunesse.

Intégrale Justice League vs. Godzilla vs. Kong (HC)

Série : Justice League vs. Godzilla vs. Kong (2023)(V.O. anglais)
Publié par SilSocrate le 2025-11-20 11:00:18

Justice League vs. Godzilla vs. Kong (2023-2024, DC Comics en collaboration avec Legendary) !
C'est exactement le genre de crossover déjanté qui me fait kiffer : des super-héros iconiques qui se tapent dessus avec des kaijus géants, le tout dans un feu d'artifice d'action pure. Franchement, je trouve ça génial pour ce que c'est – un blockbuster en pages, comme un film popcorn explosif. Pas besoin de profondeur philosophique ici ; c'est du spectacle non-stop, avec Superman qui se prend un rayon d'atome de Godzilla en pleine poire, Wonder Woman qui affronte un monstre sur Themyscira, et Batman qui improvise un Bat-mech contre un Mechagodzilla. L'idée de base (la Légion du Mal qui ouvre un portail dimensionnel par accident) est simple mais efficace, et ça permet des moments hilarants, comme Kong qui récupère un anneau de Green Lantern.
L'action et les visuels : Les planches de Christian Duce et Tom Derenick sont dingues – des spreads doubles pages où les titans défoncent Metropolis ou Skull Island, avec des couleurs vives et un dynamisme qui donne envie de voir ça en live-action.
Le fun crossover : Si t'aimes les deux univers (DC et Monsterverse), c'est un rêve éveillé. Voir Lex Luthor avec des robots kaiju, ou la Justice League qui doit s'allier aux monstres contre une menace titanesque ? Pur plaisir guilty.

Blue beam project

Série : Prométhée
Publié par SilSocrate le 2025-11-19 11:10:44

Prométhée tome 2 : Blue Beam Project de Christophe Bec
Visuellement, c’est une claque absolue.
Bec est au sommet de son art hyperréaliste. Les doubles pages (l’hydravion dans le ciel orange, les traces d'ovni entrant dans le ciel au-dessus de New York, la structure finale) sont parmi les plus impressionnantes de la BD franco-belge des années 2000. On a vraiment l’impression de regarder un film de Roland Emmerich en version papier. La colorisation est somptueuse, les lumières, les fumées, les reflets sur l’eau… c’est du très haut niveau.
L’ambiance parano-conspi à 200 %.
Le titre « Blue Beam Project » n’est pas là pour faire joli : Bec s’inspire directement de la théorie du complot du même nom (fausse invasion extraterrestre orchestrée par les gouvernements via hologrammes géants datan,t des années 80). Il mélange ça avec des vraies catastrophes historiques (Titanic, crashs aériens, etc.) qui se répètent en boucle, des phénomènes temporels, la NASA, la totale. Pour les amateurs du genre (X-Files, Ancient Aliens, fin du monde), c’est du caviar.
Le rythme est infernal.
Pas de temps mort : crashes, explosions, apparitions d’objets géants, révélations toutes les 3 pages. On tourne les pages comme un dingue.
Si tu veux te prendre une déflagration visuelle et te faire retourner le cerveau par un festival de fin du monde conspi, alors là… c’est du lourd.

Atlantis

Série : Prométhée
Publié par SilSocrate le 2025-11-18 10:02:17

Prométhée T01 – Atlantis (Christophe Bec au scénario et au dessin, couleurs de Sébastien Gérard)
Dès les premières pages, on est plongés dans une journée mondiale d’apocalypse douce : 13h13 partout sur la planète, des phénomènes étranges s’enchaînent (tempêtes, apparitions, black-out, visions…), et Bec maîtrise à la perfection ce montage choral qui fait sa marque de fabrique. Mais ici, tout est plus fluide, plus organique que dans certaines de ses autres séries : chaque séquence est un petit bijou de tension et de mystère.
Graphiquement… c’est du Bec au sommet de son art.
Pas de dessinateur extérieur sur ce tome 1 : c’est lui qui tient le crayon, et ça se sent. Son style réaliste, presque photographique, avec ces ombrages très marqués et ces textures de matière (roche, eau, métal rouillé) colle parfaitement à l’ambiance. Et puis il y a les deux doubles pages légendaires :
Celle de Prométhée : le vautour géant qui plane dans cet abîme tellurique, lumière verdâtre qui monte des profondeurs… c’est une image iconique, un mélange de mythe grec et de SF cosmique, avec une puissance symbolique énorme.
Celle du Titanic qui surgit de l’ombre devant le chalutier : froide, oppressante, magnifique. L’océan semble vivant, menaçant, et le contraste entre le petit bateau moderne et le paquebot fantôme est glaçant.
Les couleurs de Sébastien Gérard magnifient tout ça : tons froids et saturés pour la mer, ocres brûlés et verts surnaturels pour les séquences souterraines. On a rarement vu une BD franco-belge aussi « cinématographique » dès le premier tome.
Côté scénario, Bec balance tout ce qu’il aime (mythologie, mythes…) mais il le fait avec une telle assurance que ça ne fait jamais catalogue. Tout semble lié, inéluctable, et le cliffhanger final avec l'accident aérien est juste parfait : on referme l’album en apnée et on veut le tome 2 immédiatement.
Bref, Prométhée T01 est un page-turner absolu, visuellement somptueux, porté par un auteur complet au meilleur de sa forme.

1976-1977

Série : Red Sonja (L'intégrale Frank Thorne)
Publié par SilSocrate le 2025-11-17 10:50:52

L'Intégrale Frank Thorne – Red Sonja 1976-1977 (éditions Néofélis)
C'est une perle absolue pour les fans de sword & sorcery old-school ! Frank Thorne a littéralement redéfini Red Sonja dans ces années-là, en la transformant d'un simple sidekick de Conan (créé par Roy Thomas d'après Robert E. Howard) en guerrière badass. Cette intégrale regroupe ses runs sur Marvel Feature et les premiers numéros de Red Sonja solo – et c’est du pur concentré d’énergie pulp des 70’s.
Le dessin de Thorne est hallucinant, baroque, ultra-détaillé. Red Sonja est voluptueuse
l’édition Néofélis est une réédition en noir et blanc, format prestige, qui met en valeur le trait pur de Frank Thorne.
Le N&B sublime les détails : les hachures, les textures, les ombres…
Ça donne un côté vintage, presque underground, proche des magazines Savage Sword of Conan (qui étaient eux aussi en N&B).
L’ambiance : c’est du Conan-like sans filtre – bagarres épiques, sorcellerie, trahisons, humour noir. Le crossover avec Conan est un régal (même si Sonja vole la vedette).
Un régal pour les yeux.

Renaissance

Série : Sherlock Holmes - les chroniques de Moriarty
Publié par SilSocrate le 2025-11-16 10:36:43

Imaginez un instant que Sherlock Holmes soit mort. Vraiment mort. Et que son pire ennemi, James Moriarty, ouvre les yeux dans un désert ocre, nu, couvert de runes qui brûlent comme des braises. C’est là que commence Renaissance, premier tome des Chroniques de Moriarty signé Sylvain Cordurié au scénario et Andrea Fattori au dessin et à la couleur. Et croyez-moi, ce n’est pas une suite. C’est une réinvention totale.(quoique qu'il faut lire Sherlock Holmes et le Necronomicon pour mieux comprendre le destin de Moriarty)
Oubliez le Moriarty calculateur et froid du canon. Ici, il n’est plus le Napoléon du crime.(cf nouvelle de Conan Doyle - Le Dernier problème) Il est un damné revenu des enfers, ressuscité par des entités au-delà du temps – des Anciens Dieux tentaculaires, indifférents, impitoyables. Ils lui ont offert la vie. En échange ? Un contrat. Mais Moriarty, fidèle à lui-même, retourne le pacte contre ses créateurs. Sa mission n’est pas de dominer Londres, ni de reconstruire un empire criminel. Non. Il veut une seule chose : traquer et détruire toutes les copies du Livre des Ombres Vivantes, cette version vivante, saignante, murmurante du Necronomicon. Une seule reste. Elle doit disparaître. Même si cela signifie défier les dieux eux-mêmes.
Et c’est là que le génie opère. Cordurié ne nous donne pas un villain en quête de pouvoir. Il nous offre un anti-héros tragique, un Prométhée en redingote, qui accepte la souffrance comme alliée pour mieux la retourner contre l’univers. On suit son retour à Londres en 1894, son infiltration dans une société secrète, ses manipulations froides mais jamais gratuites. Tout sert le feu intérieur de Moriarty.
Mais parlons du dessin. Andrea Fattori, c’est du lourd. Pas de bleu abyssal, pas de vert putride à la Lovecraft classique. Non. Ici, l’au-delà est un enfer solaire : rouge cuivré, ocre brûlant, noir. Les limbes ne sont pas froides – elles sont arides, étouffantes, bibliques. Et quand Moriarty émerge, marqué, régénéré, on sent la chaleur sur la page. Londres, elle, est grise, pluvieuse, oppressante – un contraste brutal qui fait hurler la couleur. La splash page de la "Renaissance" ? Une claque. Un homme nu gravit une montagne de pierre, une lumière aveuglante explose derrière lui, des tentacules se retirent comme vaincus. C’est épique, viscéral, inoubliable.
Le rythme ? Impeccable. 48 pages qui filent comme une lame. Infiltration nocturne, pièges alchimiques, dialogues qui claquent, silences qui pèsent. Et Sherlock ? Absent. Zéro. Pas une ombre, pas un indice direct. Juste son vide, qui rend Moriarty encore plus grand, encore plus seul.
Ce tome n’est pas une adaptation. C’est une œuvre à part entière, sombre, intelligente, visuellement magistrale.

La sève, le sang, les larmes

Série : Obrigan - Le serment des druides
Publié par SilSocrate le 2025-11-15 10:54:05

Dans un royaume médiéval-fantastique inspiré de la mythologie celtique, les druides veillent sur la grande Forêt depuis un millénaire. Obrigan, un maître druide de l’ordre des Loups, est chargé d’enquêter sur un massacre impossible : 49 soldats égorgés dans une citadelle imprenable, avec un seul témoin rendu fou. Au milieu des tensions entre le Nord belliqueux et la Forêt mystique, un mal ancien se réveille, menaçant de plonger tout le monde dans la guerre.
Ce qui m'a accroché : L’univers celtique immersif et cohérent
Peru signe un scénario au top : la Forêt comme royaume vivant et protecteur, les ordres de druides (Loups, Corbeaux, etc.) avec leurs dons chamaniques, les rituels de transe, les complots politiques… L’intrigue d’enquête avance par touches subtiles, mêlant suspense et légendes anciennes. Mais j'avoue que je vais lire le roman avant car beaucoup de questions restent ouvertes.
Le dessin de Pierre-Denis Goux : une masterclass
Dans la lignée de ses Terres d’Arran, c’est somptueux. Traits fluides et détaillés, encrage organique qui fait vivre les forêts, et des décors de châteaux qui suintent l’hostilité. Les scènes de magie – transes, visions – sont visuellement percutantes, même si elles flirtent avec le classique. Les couleurs terreuses et verdoyantes claquent, et Obrigan lui-même est un héros charismatique.
Je doit avouer que c'est la couverture elle-même qui m'a attiré .Cette couverture n’est pas juste belle : elle invoque l’univers. Goux (de Les Terres d’Arran) et Alvarez signent une couverture qui rivalise avec les meilleurs de l’heroic fantasy Soleil.

Le sacrificateur

Série : Autopsie
Publié par SilSocrate le 2025-11-14 09:21:15

Autopsie est une série de BD thriller en trois tomes, écrite par Antoine Tracqui (lui-même médecin légiste, ce qui apporte une authenticité bluffante aux scènes d'autopsie), avec des dessins de Paolo Antiga et Francesca Follini, et des couleurs d'Antonino Giustoliano. Publié en octobre 2024 chez Oxymore, ce premier tome se déroule à Göteborg, en Suède, peu avant Noël. L'histoire suit Jennie Lund, une jeune légiste inexpérimentée, plongée malgré elle dans une enquête sur des meurtres rituels inspirés du blót (un ancien sacrifice païen nordique). Entre forêt enneigée, runes mystiques et non-dits familiaux, c'est un polar scandinave pur jus, glaçant et immersif.
Mon avis global
C'est une excellente entrée en matière pour une trilogie prometteuse ! L'ambiance froide et oppressante colle parfaitement au décor hivernal suédois, et les scènes d'autopsie sont dosées avec précision – ni trop gore pour rebuter, ni édulcorées pour perdre en impact. Tracqui excelle à mêler expertise médicale et suspense psychologique, avec une tension qui monte crescendo jusqu'à un climax sanguinolent. Les dessins réalistes d'Antiga capturent l'horreur sans excès, et les couleurs froides de Giustoliano renforcent le frisson. Quelques clichés (forêts hantées, rites païens) sont un peu attendus, mais ils servent l'intrigue sans alourdir. Intrigue simple mais efficace, qui donne furieusement envie de lire la suite (Bloody Sunday et Retour à Innawanga).
Tracqui excelle à transposer son expertise en scénarios BD : les autopsies et enquêtes médico-légales sont précises sans être gratuites.

3/7 : Amsterdam, 1675

Série : 1/7
Publié par SilSocrate le 2025-11-14 09:13:20

3/7 Amsterdam 1675 est le tome pivot où /7 explose en cathédrale temporelle. Mark, naufragé sur une Terre cryo-nucléaire, croise des rebelles d'une société secrète pré-lunaire – pendant que sur Luna Stargoods, Kath, les Cryptos défie le système et une enquête sur un mogul fantôme déterre un artefact maudit. Ajoute Terre Jumelle qui file à neutrino-speed, et bim : 1675 n'est plus une date, c'est une fracture. Jim Maître signe un dessin monumental (doubles-pages qui te noient dans la glace ou les canaux), ValR un scénario qui te viole le timeline.

Atticus

Série : Arelate
Publié par SilSocrate le 2025-11-13 10:24:44

Arelate tome 3 - Atticus, le clou du spectacle pour ce premier cycle ! C'est une BD historique qui se déroule à Arles (Arelate, pour les intimes) au Ier siècle de notre ère, et franchement, j'adore comment elle mélange rigueur archéologique et drame humain sans tomber dans le piège des clichés hollywoodiens sur les gladiateurs. Ici, pas de sang gratuit ou d'orgies tape-à-l'œil : on suit Vitalis, un tailleur de pierre déchu qui s'enfonce dans l'alcool et les dettes, et son mentor Atticus, un laniste aguerri qui prépare son dernier combat pour la liberté.
C'est du solide, avec une montée en tension qui culmine dans les jeux inauguraux de l'amphithéâtre. Vitalis, bouillant et torturé, rejette même Atticus au pire moment, pendant que l'ennemi Hortensis ourdit sa perte. Le thème de la chute d'un homme au sommet – "sic transit gloria mundi", comme ils disent – est poignant, et les combats sont flamboyants sans être gore.
Côté dessin, Laurent Sieurac excelle. un trait fin, réaliste, en sépia qui donne une ambiance vivante et nostalgique, comme si on arpentait les rues d'Arles en personne. Les visages sont un poil figés par moments, mais ça colle au ton descriptif et immersif. Et le bonus : les annexes avec photos de fouilles et explications, rédigées en collab avec des archéologues, transforment ça en leçon d'histoire passionnante. C'est rare une BD "historico-compatible" qui épique sans sacrifier la véracité. Laurent Sieurac opte pour une palette sépia dominante, avec des tons chauds (ocres, bruns dorés, roux terreux) qui évoquent immédiatement la pierre chauffée au soleil d’Arles, la poussière des arènes, le cuir usé des équipements. Ce n’est pas du full couleur criard, et c’est une force.Ça donne une unité visuelle très cinématographique, comme un vieux film en technicolor fané.Les rares touches de rouge sang ou de bleu nuit (dans les scènes de combat ou de tension nocturne) claquent d’autant plus. Par exemple, le sang sur le sable ou la cape d’Atticus dans l’arène : ça devient presque symbolique.
Et surtout, ça renforce le réalisme historique : pas de néons, pas d’anachronismes chromatiques. On sent la lumière méditerranéenne, la chaleur, la sueur. C’est immersif sans être tape-à-l’œil.
Et parlons du carnet carnet de fin d’album
C’est le petit bijou pédagogique qui transforme la BD en expérience documentaire.
Photos de fouilles réelles (amphithéâtre d’Arles, mosaïques, objets du quotidien).
Reconstitutions commentées : comment on sait qu’un laniste portait tel type de toge ? D’où vient le nom Atticus ?
Explications archéologiques co-écrites avec des spécialistes (dont des membres de l’INRAP).
Plan de l’amphithéâtre avec les zones de combat, les loges,…
« Un bonus qui élève la BD au rang de référence historique grand public. »
C’est rare qu’une BD fasse autant confiance à l’intelligence du lecteur. Pas de cours magistral, mais une invitation à creuser. Et pour un prof d’histoire ou un passionné, c’est du caviar.

Avril 1915 - Les Dardanelles

Série : Les Sentinelles (Editions Robert Laffont - Delcourt)
Publié par SilSocrate le 2025-11-12 09:43:55

On suit toujours nos "Sentinelles" – ces super-soldats monstrueux, mi-chair mi-acier, comme Taillefer (le colosse indestructible), Djibouti (le légionnaire bourru) et Pégase (l'arrogant aviateur ailé) – jetés dans le bourbier de la Première Guerre mondiale. Ici, c'est l'expédition ratée des Dardanelles, ce fiasco historique où Français, Britanniques, Australiens et Néo-Zélandais se font massacrer sur les plages de Gallipoli face aux Ottomans. Dorison ancre son récit dans les faits réels, mais il y infuse son venin : la guerre comme une machine à broyer les hommes, où même les surhommes doutent et se brisent. Traumatisés par Ypres (le tome précédent), ils débarquent pour "nettoyer" la plage en trois jours... Spoiler : ça tourne au cauchemar, avec faim, soif, maladies et une nouvelle menace, Cimeterre, une Sentinelle ennemie conçue pour trancher l'acier.
Ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est comment Dorison subvertit le mythe du super-héros. Pas de cape flottante ni de poses héroïques ici : ces types sont des antihéros, des "Frankenstein" de la science militaire, rongés par la douleur et le dégoût. Il y a une critique pacifiste sous-jacente, féroce contre les généraux planqués à Paris qui "dirigent" depuis leurs bureaux, et une exploration barbare de la déshumanisation – gore, désespérée, presque nihiliste. Breccia, au dessin, est magistral : ses planches en aquarelle sépia capturent l'horreur crue des tranchées, avec des gueules mémorables. La couverture, d'ailleurs, claque plus que les précédentes.
Après trois tomes qui montaient en puissance (des Moissons d'acier au gaz d'Ypres), ce chapitre est un peu plus introspectif – moins d'action explosive, plus de résignation et de tension psychologique.

Werewolf by night : deux loups

Série : Werewolf by night : deux loups
Publié par SilSocrate le 2025-11-11 16:06:32

« Werewolf by Night : Deux loups » est l'édition française (chez Panini Comics, collection 100% Marvel) d'une compilation récente et ultra-violente des aventures de Jack Russell, le Loup-Garou classique de Marvel. Elle sort le 22 octobre 2025 et regroupe les 10 numéros de la série « Werewolf by Night: Red Band » (2024), plus le one-shot « Werewolf by Night: Blood Hunt » (2024) et « Werewolf by Night: Blood Moon Rise » (2025), avec une histoire bonus écrite par Michael Giacchino (le réal du spécial Disney+ Werewolf by Night).
Jason Loo prend Jack Russell par la gorge et ne le lâche plus pendant 10 numéros + 2 one-shots. On est en 2024, juste après Blood Hunt. Le monde est encore rouge du sang des vampires vaincus, les héros sont traumatisés, et Jack ? Jack essaie de rentrer chez lui, de redevenir humain.
Sauf que la bête, elle, n’a jamais été aussi affamée.
Ce qui frappe d’entrée, c’est la violence. Pas la violence Marvel habituelle, non. La vraie. Celle qui t’éclabousse.
Les scènes de transformation sont filmées comme un snuff en case séquentielle : os qui craquent, peau qui se déchire en lambeaux, yeux qui jaillissent des orbites. Sergio Dávila et Adam Gorham ne dessinent pas un loup-garou, ils le sculptent dans la chair. Chaque coup de griffe est une explosion de tripes, chaque hurlement un opéra gore. Et le label Red Band n’est pas du marketing : aux États-Unis, les numéros étaient sous blister avec un avertissement. En France, Panini a gardé les pages non censurées. Merci.
Mais derrière les litres d’hémoglobine, il y a une vraie tragédie.
Jack n’est plus juste un héros maudit. Il est brisé. Il sait qu’il ne contrôle plus rien. Chaque pleine lune, c’est une roulette russe avec des innocents dans la chambre. Loo écrit la solitude comme personne : des cases silencieuses où Jack regarde ses mains ensanglantées, des dialogues murmurés dans le noir, des flashbacks sur sa sœur Lissa et sa mère qui te serrent la gorge plus fort que n’importe quel démembrement.
Le twist « Deux loups » ? Je ne vais pas le spoiler, mais disons simplement que la malédiction des Russell vient de trouver un écho... inattendu. Et que la pleine lune ne sera plus jamais seule.

Intégrale Idéfix et les irréductibles, Tomes 1 et 2

Série : Idéfix et les irréductibles
Publié par SilSocrate le 2025-11-11 10:11:53

Idéfix et les Irréductibles – La baballe de Chevrotine et 5 autres histoires
Intégrale tomes 1 & 2 – Éditions Albert René, 2025
Au total, six courtes histoires irrésistibles où notre fidèle toutou Idéfix mène la danse avec sa bande d'animaux rebelles (Turbine la chienne, Baratine la chatte, Asmatix le pigeon et compagnie) contre les Romains à Lutèce.
Au total, six courtes histoires irrésistibles où notre fidèle toutou Idéfix mène la danse avec sa bande d'animaux rebelles (Turbine la chienne, Baratine la chatte, Asmatix le pigeon et compagnie) contre les Romains à Lutèce.
Côté histoires, "La baballe de Chevrotine" est un highlight : une quête absurde pour récupérer une balle historique volée par les chiens-légionnaires, avec infiltration nocturne et quiproquos hilarants. Les autres (comme "Labienus, tu m'auras pas !" ou "L'œuf à la romaine") suivent le même rythme effréné, parfait pour une lecture en famille. C'est court, dynamique.
ça me fait sourire comme un gamin, et c'est pile ce qu'il faut pour une pause rigolote surtout par la morosité actuelle.

Avril 1915 - Ypres

Série : Les Sentinelles (Editions Robert Laffont - Delcourt)
Publié par SilSocrate le 2025-11-10 17:35:01

Les Sentinelles T3 – Avril-Mai 1915 : Ypres – Les Faucheurs de l’Enfer

Paru le 13 novembre 2013 – Delcourt (Série B) – 64 Pages

Scénario : Xavier Dorison – Dessin : Enrique Breccia – Couleurs : Enrique Breccia

Rarement une bande dessinée n’aura aussi bien réussi à faire cohabiter le cape-et-épée super-héroïque avec l’horreur absolue des tranchées. Avec ce troisième tome, Les Sentinelles atteint son apogée et s’impose définitivement comme l’une des plus grandes séries historiques françaises du XXIe siècle.

Avril 1915. Première attaque massive aux gaz moutarde sur le saillant d’Ypres.

Taillevent, Djibouti et les survivants de la première vague tentent de contenir l’enfer chimique. C’est alors qu’apparaît Pégase, la nouvelle Sentinelle : un officier d’état-major aristocrate greffé d’ailes mécaniques et de lance-roquettes. Arrogant, méprisant, mais d’une efficacité terrifiante.

En face, les Allemands déploient leurs propres surhommes : l'Übermenschen, un géant d’acier blindé qui avancent dans les nuages de chlore comme une moissonneuse infernale.

8 pages sans un dialogue. Juste le bruit des masques à gaz, le sifflement du vent toxique, et les yeux écarquillés des poilus qui comprennent qu’ils vont mourir asphyxiés. Breccia rend ça insoutenable. On sent l’odeur.

Pégase, le super-héros qu’on déteste aimer. Dorison crée ici un personnage détestable (snob, raciste, cynique) mais tellement charismatique qu’on finit par l’adorer. Sa première apparition en vol au-dessus des lignes, mitraillant les avions dans un ciel vert-jaune, est simplement iconique.

Le vrai moment anthologique : le combat Taillevent vs Übermensch sur la plage belge à découvert, sous un ciel toxique. Deux titans augmentés qui s’écrasent dans le sable pendant que les survivants courent en hurlant, les poumons en feu.

La critique sans concession. Dorison ne fait pas de cadeau : Les Sentinelles françaises sont des cobayes.

Pégase n’est qu’un jouet pour généraux qui regardent la guerre depuis des châteaux.

Le dessin : Breccia en état de grâce.

Son trait expressionniste, ses visages tordus de douleur, ses aplats de couleurs crasses (ce vert moutarde qui bouffe tout) donnent à l’album une puissance qu’aucun autre dessinateur n’aurait pu atteindre. Oui, la colorisation directe est parfois inégale, oui certaines cases sont brouillonnes. Mais ça vit.

Macrales et Corbeaux

Série : Macrales et Corbeaux
Publié par SilSocrate le 2025-11-10 15:06:28

Macrales et Corbeaux de Ghi (Glénat, 2024)
Sorti en septembre 2024 dans la collection "Treize étrange" des éditions Glénat, Macrales et Corbeaux marque les débuts remarqués de Ghi, un jeune auteur belge complet (scénario et dessin) qui signe ici un one-shot de 120 pages. Originaire de Wallonie et garde forestier de métier, Ghi puise dans le folklore local pour livrer un thriller historique fantastique glaçant, situé en hiver 1794, au cœur des forêts ardennaises balayées par les vents de la Révolution française.
L'histoire : une course-poursuite aux multiples visages
Deux prêtres réfractaires, le jeune et naïf père Antoine et le bourru père Martin, fuient à travers les bois enneigés de Wallonie. Ils transportent les reliques de Saint Lupicin, trésor clérical convoité par les sans-culottes révolutionnaires lancés à leurs trousses dans une vague d'anticléricalisme virulent. Mais un danger plus ancien et surnaturel les guette : les "macrales", sorcières wallonnes vindicatives vivant en marge de la société, capables de voir à travers les yeux des corbeaux qui peuplent les cimes. Ces trois sœurs traquent spécifiquement le père Martin pour venger l'une des leurs, tuée par ce dernier. Ce qui commence comme une fuite historique se mue en western forestier fantastique, où révolutionnaires et sorcières convergent vers un même gibier.
Ghi évite habilement le manichéisme : les macrales, effrayantes et cruelles, agissent par vengeance légitime après des siècles de persécutions inquisitoriales ; les prêtres, eux, ne sont pas des saints – Martin en particulier, roublard et violent, incarne les ambiguïtés de l'Église face aux "hérétiques". Le tout est rythmé comme un road-movie hivernal, ponctué d'échappées in extremis, de traquenards et de passages contemplatifs sur des paysages enneigés crépusculaires.
Un dessin stylisé et maîtrisé
C'est là que Ghi brille le plus. Son trait dépouillé, stylisé et efficace , avec une ligne claire légère et des contours naïfs contraste avec la noirceur du récit. Les décors forestiers, inspirés de son métier de garde forestier, sont magnifiquement rendus : neige omniprésente, corbeaux tournoyants, ombres menaçantes... Le découpage est dynamique, lisible, avec un sens du cadrage et des couleurs froides qui immergent le lecteur dans une ambiance oppressante et poétique. Un cahier graphique en fin d'album complète le plaisir visuel.
Une BD prometteuse et captivante, idéale pour les amateurs de fantastique historique et de folklore belge.

La tête de mort venue de Suède

Série : La tête de mort venue de Suède
Publié par SilSocrate le 2025-11-09 12:47:06

La tête de mort venue de Suède de Daria Schmitt – Un crâne philosophique en vadrouille onirique
Paru le 29 août 2025 aux éditions Dupuis dans la prestigieuse collection Aire Libre, La tête de mort venue de Suède est le nouveau roman graphique de Daria Schmitt. Avec ce one-shot de 120 pages au format généreux, Schmitt nous plonge dans une fable métaphysique aussi érudite qu'hilarante, où l'histoire rocambolesque du crâne de René Descartes devient prétexte à une réflexion profonde sur l'identité, la pensée et la condition humaine.
Le pitch : Une nuit au musée pas comme les autres
Nous sommes en 1937, au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, dans les réserves de la galerie d'Anatomie comparée. Parmi les squelettes d'animaux empaillés et les reliques poussiéreuses, un crâne humain s'anime la nuit venue. Il s'agit (ou du moins le croit-il) de celui de René Descartes, mort en Suède en 1650 et dont les ossements ont connu un destin chaotique : exhumés, volés, vendus aux enchères, authentifiés par des sommités comme Berzelius ou Cuvier, avant d'atterrir au Musée de l'Homme.
Pris d'une crise d'identité existentielle – "Je doute, donc je suis ? Mais suis-je vraiment ?" –, le crâne dialogue avec ses voisins osseux : une majestueuse baleine bleue, un dodo disparu, des chimères et autres bêtes empaillées. Guidé par ces "animaux-machines" cartésiens qui prennent vie pour le contredire, il revisite sa vie, ses théories (le dualisme corps-esprit, la mécanique animale) et les pérégrinations post-mortem de sa dépouille. L'enquête historique se mue en comédie absurde et poétique, entre rêves gravés et flashbacks baroques.
Daria Schmitt, en résidence au Muséum pendant la création de l'album, s'inspire directement de cette anecdote véridique : le crâne de Descartes, séparé du corps lors de son rapatriement en France en 1667, a voyagé pendant des siècles, passant de mains en mains, marqué d'inscriptions et même vendu comme relique. L'autrice en fait un conte philosophique où les morts dissertent joyeusement, opposant la raison cartésienne à l'émotion animale.
Les forces : Un dessin hypnotique et une érudition joyeuse
Ce qui frappe d'emblée, c'est le graphisme époustouflant de Daria Schmitt. Son trait à la plume, fin et gothique, évoque les gravures anciennes du XVIIIe siècle (pensez Gustave Doré ou les planches anatomiques d'époque). Le noir et blanc dominant est rehaussé de bleus oniriques pour les séquences rêvées, et de couleurs vives pour les envolées fantastiques, créant une atmosphère à la fois sombre et lyrique. Les planches foisonnantes, riches en détails (ossements, chimères, décors baroques), hypnotisent le regard – un vrai bijou visuel qui justifie à lui seul l'achat.
Côté récit, Schmitt excelle dans le mélange des genres : enquête historique rigoureuse (avec un carnet explicatif en fin d'album pour les profanes), fable philosophique accessible et humour absurde. Pas de pédanterie ici : Descartes doute de son identité comme un comique troupier, les animaux le taquinent sur ses théories ("animal-machine" ? Vraiment ?), et les dialogues pétillent d'ironie. C'est à la fois savant et fun, réconciliant les allergiques à la philo avec le cogito érudit.
L'album oppose brillamment science et mythe, raison et instinct, mort et mémoire. La baleine bleue, guide bienveillant, incarne une sagesse animale qui fait vaciller le rationalisme cartésien. Schmitt prolonge ainsi son exploration des grands mythes, tissant zoologie, paléontologie et histoire des idées en un tapisserie poétique.
Un chef-d'œuvre d'originalité
La tête de mort venue de Suède est un tour de force : puissant, magistral, visuellement somptueux et intellectuellement stimulant.

Trois-fois-morte

Série : La cuisine des ogres
Publié par SilSocrate le 2025-11-08 10:54:54

«La Cuisine des Ogres : Trois-fois-morte» (tome 1 d'une série prévue en trilogie, avec des histoires indépendantes) est une BD sortie en mars 2024 chez Rue de Sèvres, scénarisée par Fabien Vehlmann et dessinée par Jean-Baptiste Andréae. C'est un conte fantastique sombre inspiré des légendes savoyardes (la Dent du Chat), où des ogres fins gourmets raffolent d'ingrédients... peu conventionnels, comme des enfants des rues. L'héroïne, Blanchette, une orpheline maligne au passé lourd, se retrouve capturée et doit survivre dans cet univers culinaire infernal, entre hachoirs géants, lacs-vaisselle enchantés et bestiaire monstrueux.
C'est un vrai régal, Vehlmann excelle dans les contes cruels pour grands enfants , avec un suspense permanent, des personnages attachants (même les ogres ont leur charme glouton) et des touches d'humour grinçant qui contrebalancent l'horreur. L'univers est hyper inventif : une montagne entière transformée en cuisine géante, avec des références à Perrault, Rabelais ou même Little Nightmares, et des thèmes sous-jacents comme les abus sur les enfants ou nos excès sociétaux (les humains sont les vrais ogres, finalement).
Le dessin d'Andréae est somptueux, foisonnant de détails, avec une colorisation directe magistrale qui mélange poésie, gothique et surréalisme. Les pages sont vivantes, dynamiques, et l'ambiance passe du glauque au merveilleux en un clin d'œil. Avec 80 pages, c'est dense, rythmé, sans vide – un festin visuel et narratif qui donne envie de suite.

Astérix en Lusitanie

Série : Astérix - Une aventure d'Astérix le Gaulois (série principale)
Publié par SilSocrate le 2025-11-04 17:56:20

Par un beau matin de printemps, un inconnu, Boulquiès débarque au village gaulois. Il vient de Lusitanie (l'actuel Portugal antique, ouest de l'Hispanie romaine) pour demander de l'aide : un ami producteur de garum (sauce de poisson fermentée) est accusé d'avoir empoisonné César. Astérix et Obélix (avec Idéfix, bien sûr) embarquent pour un voyage maritime vers cette terre ensoleillée, sous la férule romaine. Là-bas, ils découvrent un peuple fier mais mélancolique, menacé par l'expansionnisme romain.
Deuxième tome du tandem Fabcaro-Conrad après L'Iris blanc (2023), Astérix en Lusitanie (éd. Albert René, 48 p., 23 octobre 2025) sort en fanfare dans 19 langues et 25 pays. Et pour cause : après des années de hauts et de bas post-Goscinny, cet opus renoue avec l'esprit originel de la série. Moins d'action tapageuse que dans certains tomes récents, plus d'humour fin et de satire sociale. Fabcaro, maître de l'improvisation, injecte une fraîcheur bienvenue, tandis que Didier Conrad affine sa patte, toujours en quête de l'héritage Uderzo pour les proportions des personnages.
L'album excelle dans son évocation de la Lusitanie : pas de carte postale facile avec sardines grillées ou fado hurlant, mais une exploration poétique de la saudade – cette mélancolie fière, mélange de résistance et de trahison, inspirée du chef historique Viriate (assassiné par les siens en 139 av. J.-C.). Une case culte : un Lusitanien confie à Astérix "la fierté d'avoir résisté et la tristesse d'une trahison des nôtres". Réplique d'Obélix : "Ils sont fous, ces nôtres !" Un clin d'œil génial à l'esprit gaulois, qui humanise les Portugais sans les caricaturer. Fabcaro assume : "J'ai voulu un angle bienveillant, dans lequel les Portugais se reconnaissent."
Les gags fusent, anachroniques et tendres : un couple de retraités lutéciens (parisiens) en "charavane" (camping-car antique) qui râlent sur tout ("C'est bien pour les retraités, mais les impôts !"), une rencontre hilarante avec les pirates en pleine mer (clin d'œil aux tomes fondateurs), ou Obélix dubitatif face au garum : "Un pays qui se nourit de morue et de sauce de poisson... Peu enthousiaste !" Les noms en "-ès" (Pataquès, Mavubès) pétillent, et les références actuelles – mots de passe romains, marketing impérial, exil doré des seniors – piquent juste sans alourdir.
Côté dessin, Conrad brille : décors chatoyants (castros fortifiés, oliviers tordus, couchers de soleil orangés), couleurs vives de Thierry Mébarki qui évoquent une carte postale vivante. Un retour aux sources udertziennes, plus maîtrisé que jamais. L'intrigue, rythmée par une bataille finale sur la côte (pièges locaux, tonneaux roulants), culmine en banquet partagé – gaulois et lusitanien –, avec une morale bonne enfant sur la solidarité face à l'expansionnisme.

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